Bankin’, Linxo… Les agrégateurs ont-ils encore un avenir ?

woman holding a smartphone and touching the screen with banking mobile app. All screen graphics are made up.

Cbanque.com – le 06 septembre 2019 :

Les agrégateurs de compte permettent de visualiser dans une seule application l’ensemble de ses comptes bancaires et mouvements associés. Depuis quelques mois, ces services s’enrichissent de nouvelles fonctionnalités qui les transforment en véritables coachs financiers. Quel futur se dessine pour ces acteurs ?
Un seul geste pour une vue globale de tous vos comptes et la catégorisation parfaite de vos flux, le tout dans une application à l’expérience utilisateur optimale : telle était l’offre initiale des agrégateurs de comptes.

Un service initial prometteur…

Cette promesse a permis aux leaders du marché, Bankin’ et Linxo, de séduire respectivement 3,3 millions et 2,8 millions d’utilisateurs, ainsi qu’à d’autre acteurs notables tels que Budget Insight, Fiduceo, Wishizz, LaFinBox, de s’imposer sur le marché de l’agrégation. Pour profiter du service, l’utilisateur sélectionne ses banques dans la liste d’établissements proposés et renseigne ses identifiants. L’agrégateur prend alors le relais et récolte les informations bancaires grâce à la technique dite du « web scrapping » (comprenez l’extraction des données d’un site web, en l’occurrence l’espace client de la banque).

L’adoption des agrégateurs est en grande partie portée par l’amélioration de l’expérience utilisateur permise par un parcours fluide, des fonctionnalités bien pensées et une interface attractive. Ce modèle a rapidement attiré les grandes banques de détail (rachat de Fiduceo par Boursorama, entrée au capital de Linxo par le Crédit Agricole). Les agrégateurs se sont également orientés vers la proposition aux grands groupes bancaires de leurs solutions en « marque blanche », c’est-à-dire que leur technologie est utilisée par la banque sans mention affichée du fournisseur. D’avantage concurrentielle, l’agrégation de compte est alors devenue une fonctionnalité courante, proposée par la plupart des acteurs financiers.

Si la nouvelle directive européenne sur les paiements (DSP2), entrée en vigueur le 13 Janvier 2018, a pour objectif de favoriser l’accès des données bancaires aux acteurs tiers, elle s’avère en pratique moins intéressante que prévu pour les agrégateurs. En effet, la DSP2 rend obligatoire pour les banques d’ouvrir leurs « API » (les interfaces qui permettent à un acteur de rendre disponibles des données à d’autres acteurs) ou bien d’en créer. L’objectif est de mettre fin au recours obligé au scrapping, trop peu sécurisé. S’il s’agit d’une bonne nouvelle pour les utilisateurs, rassurés sur leurs données, cette évolution prive les agrégateurs de leur principal axe de différenciation à savoir la capacité à identifier et exploiter, dans l’intérêt du client, la bonne donnée. Pour séduire un éventail d’utilisateurs plus large encore, un nouvel effort d’innovation conduit donc les agrégateurs à se positionner sur une extension de leur créneau : le coaching financier.

…Et une montée en valeur prévisible

Pour la majorité des acteurs du marché, l’agrégation de comptes n’est pas la seule offre proposée. Elle a été un premier « pied dans la porte » chez l’utilisateur, toujours avec l’ambition de proposer une gamme plus large de services. Cela a commencé par l’assistance à la gestion budgétaire, permettant de toucher une cible large. Catégorisation des postes de dépenses, représentation graphique actuelle et passée, évolution, solde prédictif pour la fin du mois, notifications en cas de transaction élevée ou de solde dangereusement bas. Le modèle « Freemium » permet à Linxo, par exemple, de proposer ses fonctionnalités de base gratuitement et de faire payer les plus avancées.

La suite logique est bien sûr d’aller encore plus loin dans ce modèle de conseil au quotidien en devenant un vrai coach financier. Alertes, articles contextualisés, simulateurs, propositions de renégociation de crédits, d’assurance, montants épargnables, conseil de souscription à de nouveaux produits, les fonctionnalités proposées ont désormais une portée éducationnelle et commerciale. Basées sur les moments de vie de l’utilisateur avec une personnalisation toujours plus fine, elles éclairent l’utilisateur sur ses choix financiers futurs.

De fait les agrégateurs proposent peu à peu des services financiers proches des néobanques. Linxo et Bankin’ proposent par exemple une fonctionnalité de virements vers certaines grandes banques de la place. Un pas de plus a été franchi par Linxo en juin lorsque la fintech a annoncé pour 2020 la possibilité pour ses utilisateurs d’ouvrir un compte de paiement associé à une carte Visa, entièrement paramétrable depuis l’application. Deux tendances se dessinent donc pour les agrégateurs qui s’orientent soit vers un positionnement de coach financier, soit de néobanque.

Quelle perspective à long terme ?

On peut alors s’interroger ; quelle sera la stratégie adoptée par les concurrents de Linxo ? Le modèle plateforme de services financiers type néobanque est-il la finalité vers laquelle tous les acteurs du secteur vont se diriger ? Ou bien choisiront-ils d’asseoir leur positionnement de coach budgétaire et financier ?

Diagnostiquer les besoins des utilisateurs et proposer des recommandations personnalisées en temps réel répond certes à une attente désormais établie. Cependant, ce sont là des projets complexes à mener techniquement (il faut bâtir des algorithmes de recommandation les plus fins possibles) et dont la qualité en termes d’expérience utilisateur est crucial.

A l’inverse, les acteurs qui choisiront de basculer vers un modèle de néobanque se heurteront aux mêmes problématiques de confiance, mais également à un marché saturé par la concurrence de tous les acteurs émergents ou déjà établis. Dans ce contexte comment trouver une rentabilité sur une modèle aussi concurrentiel ?

Le point commun entre tous les agrégateurs est que chacun a cherché à augmenter sa taille rapidement et à acquérir un maximum d’utilisateurs. Certains ont été rachetés, d’autres gardent leur indépendance en proposant de nouveaux modèles de tarifications et en élargissant leurs catalogues de fonctionnalités pour innover en continu sur le service rendu.

In fine, pérenne ou non, les agrégateurs suivent le même chemin que la majorité des fintechs (rachat ou passage à un modèle de plateforme de services) et poussent les banques à aller plus loin dans leur réponse aux besoins des utilisateurs via la valorisation intelligente des données bancaires dont elles disposent.

Par Albane Even, consultante du Groupe Square

 

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