Dans la jungle des fintech, l’émergence des regtech

Financial technology fintech concept businessman using digital tablet

Journal du Net – le 17 octobre 2019 :

Au sein de l’écosystème des startups, les sociétés spécialisées en services financiers n’ont rien à envier aux autres secteurs. Spécialisée sur un produit ou sur une offre, de nombreuses entreprises contribuent à réinventer la banque, ses produits et ses services et s’inscrivent durablement dans l’écosystème financiers par une collaboration de plus en plus étroites avec les grandes instituions

C’est le cas des regtechs, contraction de « regulation » et « technology », qui regroupent l’ensemble des acteurs proposant des solutions innovantes pour permettre aux institutions financières de gérer les contraintes règlementaires à moindre coût afin de gagner en agilité.

A l’origine était un besoin

Le développement des regtechs est né de la difficulté, pour les acteurs historiques du secteur financier, à s’adapter et gérer de front deux évolutions concomitantes. D’une part l’inflation réglementaire, issue de la crise de 2008, qui a imposé de se conformer rapidement aux nouvelles normes, impliquant des mises à jour régulières des processus mis en place. D’autre part l’émergence de nouveaux modes de consommation des usagers nécessitant des services rapides, efficaces et numérisés.

Face à ce défi juridique et sociétal, les regtechs vont développer des offres capables de s’adapter rapidement aux évolutions en apportant un regard extérieur et novateur aux acteurs historiques du marché souvent contraints par des systèmes et processus non adaptés. D’une part, les regtechs offrent la possibilité de répondre aux besoins primaires d’une banque à savoir la conformité, en termes de connaissance client ou de lutte contre le blanchiment par l’utilisation extensive du big data. La plus-value de ces services, pour les banques, peut être de trois niveaux :

  • Réduction des coûts de mise en conformité via la mutualisation et la standardisation des pratiques,
  • Amélioration de l’efficacité opérationnelle par le biais de leur automatisation,
  • Optimisation et sécurisation des processus.

Des regtechs à forte valeur ajoutée pour les banques

Au niveau de la réduction des coûts, la fintech Datanos propose par exemple une solution de services externalisés permettant d’éviter la création d’un poste de DPO[1] (poste apparu, suite à la mise en place de la RGPD, sa mission est d’informer le responsable du traitement des données et de le conseiller) ainsi que la mise en place d’une structure dédiée au pilotage des données personnelles en interne.

Concernant l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, l’entreprise Utocat développe une offre appelée « Catalizr » visant à enregistrer les titres non cotés rapidement et avec plus de sécurité en se basant sur la technologie de la blockchain. Actuellement déployée chez trois des plus grandes banques françaises, la solution a déjà fait transiter 1,6 million d’euros d’investissements.

Enfin, certaines regtechs limitent le risque opérationnel et les pertes potentielles avec l’installation d’outils de transaction monitoring en remplacement des systèmes traditionnels par des produits basés sur le « machine learning » ou l’intelligence artificiel. Les grandes banques s’intéressent très sérieusement à cette opportunité car jusqu’à présent, elles peinent à développer ces solutions en interne de façon optimal. La regtechs française Fircosoft propose ainsi des solutions de filtrage des transactions assurant aux organisations bancaires la réduction des risques liés au traitement des transactions illégales et la mise en conformité réglementaire.

Les regtechs ont donc développées des expertises pointues, devenant incontournables pour faire face aux évolutions rapides et multiples du secteur financier. Pour autant les fintechs n’ont pas vocation à concurrencer les banques.

 

Des partenariats maîtrisés et transparents pour le client

Pour tenir compte de ces nouveaux acteurs, le Comité de Bâle a proposé différents scénarios dès 2017. Parmi ceux-ci, le scénario dit d’une « Meilleure Banque » offre un bon équilibre en favorisant des partenariats entre les fintechs et les acteurs historiques du secteur.

En effet, en France particulièrement, les clients restent très attachés aux banques traditionnelles et craignent généralement les innovations liées à la gestion de leur argent. Au sein du scénario de « Meilleure banque », les banques conservent la relation client et les activités bancaires traditionnelles mais l’ensemble des activités est amélioré par l’utilisation externe de nouvelles technologies. Cet apport technologique est permis par un achat ou un investissement direct dans les fintechs, plus que par le développement de solutions en interne. Cet apport vient renforcer les atouts des banques à savoir : la connaissance du marché, les activités d’intermédiation et la capacité d’investissement tout en restant transparent pour le client final

A titre d’exemple, la Société Générale a choisi de s’orienter dans cette voie au travers de son programme Internal Startup Call en ouvrant la possibilité à tous les collaborateurs du groupe de présenter une solution sous forme de startup interne. L’objectif clairement affiché est de faire émerger des projets innovants en rupture avec les services existants. Lancé en 2017, le projet a fait émergé 600 idées qui ont elles-mêmes abouties à la création de 60 startups dont 36 continuent leur développement aujourd’hui. Parmi ces derniers survivants, nous trouvons le projet Clipeum qui propose d’utiliser la blockchain pour mutualiser les procédures de KYC des différentes banques. D’autres propositions telles qu’une solution de cybersécurité, un outil d’intelligence artificielle pour scanner les jurisprudences, et augmenter l’efficacité des juristes internes au groupe, ou encore une solution d’optimisation des achats de données de marché sont développées par les différentes startups.

De son côté, la BNP Paribas est passée par son propre incubateur en 2017 en partenariat avec un accélérateur californien : Plug and PlayFintech Accelerator. Cette structure lui permet d’enrichir son offre de produits et de services en se basant sur des solutions externes mais en en facilitant le déploiement. Par exemple, la startup KYC3 (Know Your Customer, Counterparty and Competition) y a développé un projet en matière de gestion du risque et d’intelligence économique. Ce projet, fondé sur le « machine learning » et le big data et qui s’appuie sur l’IA Watson d’IBM, regroupe et analyse les données et documents produits par la réglementation et la digitalisation.

 

Vers davantage de partenariat stratégique

Une nouvelle opportunité serait celle du partenariat stratégique entre banques traditionnelles et fintechs pour rendre le service au client le plus efficace et exhaustif possible. A ce jour, des partenariats existent pour la gestion des moyens de paiement innovants, le marketing de produits ou encore pour des solutions de PFM et d’agrégateurs, mais on pourrait imaginer d’aller plus loin. Isaline Merle d’Aubigné, responsable d’études économiques à la BPI, a ainsi fait valoir que « Les start-ups peuvent apporter beaucoup d’agilité et les banques leurs connaissance et leur base clients. On imaginait que les fintechs allaient remplacer les banques, le marché s’est rendu compte que les fintechs étaient une solution mais que les gens n’avaient pas déserté les banques. »[2]

 

C’est donc en associant expertise technique et technologique à la connaissance du marché et de la relation client que le duo banque / regtechs sera le plus efficace pour délivrer une expérience client optimal. Un résultat bénéfique pour l’ensemble des parties prenantes.

 

[1] DPO = Data Protection Officer ou Délégué à la Protection des données

[2] Disrupter la banque pour la sauver, Isaline Merle d’Aubigné.

 

Par Jérémie Albiges Rakotondrahaja, consultant Square

 

 

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