Y a-t-il trop de néo-banques ?

L’Echo – le 21 novembre 2019 :

En Belgique, si vous avez un smartphone et que voulez ouvrir un compte en banque et obtenir une carte de débit internationale mais que vous souhaitez éviter la vingtaine d’enseignes traditionnelles déjà actives dans notre pays, vous avez le choix

Entre N26, Revolut, Bunq et Monese, l’offre de néo-banques est bien réelle. A ces 4 acteurs 100% mobiles, vous pouvez encore ajouter la banque digitale Keytrade et la Beta-Banque Hello, émanation digitalisée de la vénérable BNP Paribas Fortis.Nos voisins d’outre Quiévrain sont encore mieux servis avec pas moins de 18 néo-banques déjà actives dans l’hexagone auxquelles une demi-douzaine de concurrentes devrait s’ajouter dans les mois à venir.

Au niveau européen, si on additionne les 3 familles de néo-banques (banques 100% mobiles, banques exclusivement en ligne et les spin-off digitales des banques traditionnelles), ce ne sont pas moins de 40 challengers qui se disputent le privilège de faire de la banque  » autrement « .

Si quelques noms de stars comme N26 ou Revolut se démarquent, il faut admettre que la plupart de ces Fintechs peinent à se différencier et luttent dans un relatif anonymat dès que l’on s’éloigne des cercles des early adopters et des millenials.

Pour certains, l’aventure s’est terminée avant de vraiment commencer : de Morning (ex Payname), qui a vu ses activités suspendues par l’ACPR – le régulateur français – après quelques mois d’activité, à AXA Banque qui mit fin à SOON moins de 2 années après son lancement, en passant par FIDOR Bank enterrée vivante par son repreneur BPCE… On compte déjà plusieurs  » disrupteurs  » tombés aux champs d’honneur de la révolution bancaire.

Et l’histoire ne va pas s’arrêter là. Selon la rumeur, le groupe Carrefour chercherait à revendre sa Néo-banque C-ZAM pour cause de performances insuffisantes. Lancée en avril 2018, malgré un démarrage en fanfare, l’offre du distributeur plafonne à environ 150.000 comptes ouverts sur un objectif initial à 12 mois de 200.000. Et dire que Carrefour annonçait viser les 2 millions de comptes ouverts à l’horizon 2022 !

Guère plus glorieuse, Orange Bank a avoué avoir creusé sa perte d’exploitation à 169 millions d’euros et doit en conséquence recourir à sa quatrième augmentation de capital depuis son lancement en 2016. L’opérateur de Telecom n’a jusqu’à présent recruté que 320.000 utilisateurs et renonce au passage à se lancer en Belgique.

A des rares exceptions près, les fintechs poursuivent le dogme  » Build-Growth-Monetize  » de l’économie digitale que l’on pourrait résumer par  » occupons le terrain et on verra ensuite comment éventuellement gagner de l’argent « .

Or, avec une offre en partie gratuite, essentiellement basée sur les services de paiement, éventuellement agrémentée d’options de trading, voire de (micro) crédit à la consommation, la Néo-banque ne constitue pas un modèle économique rentable à court terme.

Loin d’être les plus mauvais exemples, Revolut et N26 malgré respectivement 4 et 3,5 millions de clients en Europe, perdent toujours de 5 à 10 euros par an et par client !

Grace à la générosité de leurs bailleurs de fonds, ces fintechs et leurs consœurs peuvent se permettre de creuser leurs pertes tout en poursuivant leur course à l’acquisition de clients en espérant atteindre un jour une masse critique suffisante d’utilisateurs pour équilibrer les comptes.

Pour atteindre au plus vite cet objectif, les néo-banques misent sur des conditions d’accès réduites à néant, autant que possible, et sur des processus  » d’onboarding  » simplifiés au maximum. Ce faisant, elles favorisent l’adhésion par curiosité de clients déjà bancarisés qui n’ont pas nécessairement l’intention d’utiliser régulièrement les services proposés.

Contrairement à ce que les communiqués de presse pourraient laisser penser, banques mobiles ou digitales ne sont pas différentes des banques classiques quand il s’agit de survie : La clé n’est pas dans le nombre de clients mais bien dans la rentabilité et la capacité à monétiser les relations clients existantes.

Selon des chiffres exposés par le London Institute of Banking and Finance, jusqu’à 44% des comptes ouverts dans les banques  » mobile only  » ne seraient pas approvisionnés (seulement 6% pour les banques traditionnelles) et quand des fonds sont présents, ils ne seraient supérieurs à 10.000 € que dans 3 à 4% des cas (contre plus de 40% pour les banques classiques). Pour une majorité d’utilisateur, les néo-banques restent des  » gadgets « .

Si elles souhaitent rester, les néo-banques ne peuvent se contenter d’être des alternatives, elles doivent occuper la place de banque principale pour au moins un client sur deux. Elles devront d’abord éliminer la concurrence au sein de leur catégorie avant de s’attaquer plus frontalement aux banques classiques. Une consolidation est inéluctable, dans les néo-banques… tout comme pour les banques classiques.

Par Geoffrey Laloux, senior manager Square

 

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