Green Bonds : mieux comprendre le produit financier star de la transition énergétique

Finyear – le 07 janvier 2020 :

Lors de la COP21 de Paris en 2015, 195 pays se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 2°C au-dessus de la température préindustrielle (voire 1,5 °C si possible) d’ici 2050. Sous la contrainte des mises à jour des scénarios climatiques de plus en plus alarmants, la capacité de nos leaders politiques à tenir leur engagement est au cœur des débats et des attentes de la société civile.

Dans ce contexte, la France, s’affiche en exemple et s’est fixée pour objectif d’atteindre une consommation d’énergie renouvelable représentant 32% de sa consommation totale d’ici 2027. Pour rappel, ce même pourcentage s’élevait à 14% en 2016. Cet objectif à un coût : 20 milliards d’euros par an jusque 2030 (au minimum).

La France doit ainsi se donner les moyens de ces ambitions et réaliser les investissements nécessaires. Les appels aux fonds publics et privés se multiplient sollicitant les institutions publiques, les fonds privés et les épargnants Ainsi, il se crée dans notre société, un engouement et une émulation autour des investissements responsable et plus largement autours de la Finance Durable. C’est en effet un concept parfois complexe à comprendre pour l’épargnant puisqu’il regroupe bien plus que seulement du financement de transition énergétique.

La Finance Durable : financement de la transition énergétique, mais pas seulement

La Finance Durable renvoie à des pratiques financières prenant en compte les reportings extra-financiers comprenant les informations sociales, environnementales, sociétales et de gouvernance sur l’activité des entreprises.

On y retrouve l’Investissement Socialement Responsable (ISR), qui a son propre label, depuis août 2016, desservi aux entreprises répondant d’une manière durable aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance). Effectivement ici, la notion d’environnement et de développement durable est présente, mais aussi des critères sociaux tels que le respect de la parité homme / femme ou des critères de gouvernance comme la transparence dans la rémunération des dirigeants.

On trouve également dans la Finance Durable, l’Investissement Social avec les problématiques liées à l’humain : de la petite enfance à la lutte contre la pauvreté en passant par l’articulation vie familiale et vie professionnelle pour l’égalité homme / femme.

Pour ce qui est du financement de la transition écologique, il faudra s’intéresser à la Finance Verte. Tout comme l’ISR, elle a son propre label qui a été lancé en 2015 et renommé en juin dernier en ‘Label GreenFin’ dans le but de diriger l’épargne des investisseurs individuels vers les fonds labellisés. Pour l’obtenir, les fonds doivent répondre à des normes pour garantir la transparence et l’engagement environnemental des produits financiers utilisés.

Les investisseurs institutionnels, eux, peuvent investir dans les Green Bonds (obligations vertes, aussi appelées obligations environnementales). Ces emprunts obligataires sont émis sur les marchés financiers par les entreprises et institutions pour financer des projets qui contribuent d’une manière ou d’une autre à la transition écologique. La première émission de Green Bond a eu lieu en 2007 par la Banque Européenne d’Investissement. Depuis, cette pratique c’est peu à peu imposé comme la référence du financement de projets verts.

Dette verte : une croissance qui ne semble pas avoir de limite

Le marché mondial des Green Bonds est en croissance exponentielle : plus de 188 milliards de dollars ont été émis en obligations verts entre janvier et septembre 2019, ce qui représente une augmentation de 60% d’émission par rapport à 2018. Au 1er octobre 2019 on compte jusque 760 milliards de dollars d’encours.

La France en tant qu’institution publique est renommée dans le domaine de l’émission obligataire verte. Ses encours en Green Bonds dépassent aujourd’hui les 20 milliards d’euros pour financer la transition écologique dans différents domaines : la lutte contre le changement climatique (investissements dans les bâtiments et transports), la protection de la biodiversité (investissements dans l’énergie, la connaissance scientifique), le contrôle de la pollution, et l’adaptation au changement climatique (investissements dans les infrastructures).

Pour ce qui est des entreprises françaises, elles n’ont pas à rougir de leurs implications dans le domaine. Engie, premier émetteur corporate mondial, représente à elle seule 8,75 milliards d’euros d’émission depuis 2014 qu’elle utilise pour financer la décarbonisation de l’énergie. La Société du Grand Paris, a, elle aussi choisi d’utiliser ce procédé. Pour financer la construction du supermétro francilien Grand Paris Express de façon éco-responsable, elle a levé 4,75 milliards d’euros en 3 émissions distinctes entre octobre 2018 et mars 2019.

Les investisseurs institutionnels ont un attrait particulier pour ce type d’investissement puisqu’ils y voient à la fois un moyen de ‘verdir’ leurs fonds tout en répondant aux exigences de leurs clients, désireux d’avoir un impact positif sur la transition énergétique pour faire face au changement climatique tout en gardant un rendement constant et sur le long terme. C’est donc une opportunité immanquable pour les entreprises qui veulent prendre le tournant de la transition énergétique.

L’émission de dette verte : une opportunité à ne pas manquer

Cet intérêt que portent les investisseurs dans les produits financiers verts et particulièrement les Green Bonds est un argument qui pèse de plus en plus lourd dans la balance et qui convainc progressivement toutes les entreprises de participer à la transition énergétique. La législation, plus particulièrement la taxonomie de la Finance Verte, est en cours de rédaction au niveau européen et de nombreux arbitrages doivent être faits par les différentes commissions et institutions qui se concertent en ce moment sur le sujet. Pour le moment, une obligation peut être nommé Green Bond en suivant les « Green Bonds Principles » (GBP), des principes à suivre de manière volontaires et non contraignantes.

On peut en effet voir dans le fait que la législation de soit pas encore en place, une faille possible pour un potentiel greenwashing et ainsi faire financer des projets ‘verts’ qui cachent en fait des projets qui ne le sont pas. Cependant les réglementations qui devaient être finalisées fin 2019 (mais qui seront définitives plus vraisemblablement courant 2020) auront comme ligne conductrice la transparence dans l’utilisation des fonds et le calcul d’impact positif, ce qui mettra fin au greenwashing et pénalisera les entreprises qui auraient abusé de cette pratique.

Les entreprises qui aujourd’hui ont des vrais projets à impact positif sur la transition énergétique ont tout intérêt à franchir le pas rapidement en anticipation de la législation pour de nombreuses raisons :
Tout d’abord il existe aujourd’hui une certaine marge de manœuvre avec les GBP qui leur laisse la possibilité de prioriser le fond du projet puis, dans un second temps, de préparer un reporting clair et transparent en amont des futures réglementations.

Ensuite, les investisseurs n’ont jamais été autant attirés par ce type d’investissement portés sur le long terme qui leur permet d’attirer une clientèle encline à investir dans cette transition. Et surtout, pour finir : le domaine de la finance verte a un impact très positif aux yeux de l’opinion publique qui cherche aujourd’hui à investir dans un domaine rentable et bénéfique pour le futur de notre société.

Les débats sont toujours en cours et nul ne sait quelle sera la réglementation exacte à venir sur les Green Bonds, ni quels projets seront jugés green, ni si les projets qui financent la transition du charbon à des énergies vertes auront leur propre dénomination, etc.

Ce qui est sûr, c’est que, comme l’a annoncé Robert Ophèle (président de l’Autorité des Marchés Financiers) lors d’entretiens organisés par l’AMF sur le thème de la Finance Durable : « ceux qui s’engagent aujourd’hui auront un avantage certain sur les années à venir ».

Par Thibault Le Boudec, consultant Square

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