La bonne exploitation des données ou la mort de l’assurance connectée.

Journal du net – le 27 février 2020 :

Vous conduisez prudemment, vous prenez soin de vos effets personnels, vous pratiquez une activité sportive régulière, et pourtant vous payez votre assurance au même prix que ceux qui sont moins scrupuleux que vous dans leur mode de vie.

Face à ce préjudice, la tendance à l’« hypersonnalisation » des contrats d’assurance a ouvert la voie à une batterie d’objets connectés exploitant vos données personnelles et comportementales tout en redessinant le modèle économique des assureurs.

Automobile, Habitation et Santé, trois des grands marchés assurantiels exposés se sont fixés comme objectif de positionner l’assureur dans une logique de prévention plutôt que d’indemnisation.

Assurance Automobile : de réels avantages pour bonne conduite ?

Les données comportementales relatives à la conduite d’un véhicule peuvent être collectées via des micro-dispositifs intégrés au volant, un boîtier situé dans le véhicule ou les capteurs de votre smartphone. Votre assureur vous propose ainsi une tarification au nombre de kilomètres parcourus, selon la qualité de votre conduite (principe du « Pay as / how / when you drive ») et peut encourager l’exemplarité de votre conduite grâce à des systèmes de récompenses, comme une baisse de votre facture allant jusqu’à 30%.

Allianz, Direct Assurance d’AXA ou Amaguiz de Groupama ont été les pionniers en développant ce type d’offres sur ce marché prometteur, estimé à 15 milliards d’euros en Europe par le cabinet Deloitte en 2017.

Dans le même temps, l’arrivée de la voiture autonome (la Google Car par exemple) remet en question de la responsabilité en cas d’accident. Qui devra payer la facture ? Le conducteur, le fabricant des capteurs, celui du véhicule, les applicateurs de marquage routier qui auraient mal peint une ligne blanche… ?

Les assureurs devront donc se pencher sur ces nouveaux risques liés aux contrats d’assurance à l’usage et développer une nouvelle forme de coopération avec les Assurtechs.

Assurance Habitation : la maison connectée ou la violation de la vie privée

De nombreux équipements (pilotés à distance) sont apparus dans les foyers : détecteurs de mouvements, de fumée, de fuite d’eau, caméras de sécurité etc. Les données collectées permettent de prévenir les utilisateurs en cas d’anomalie, d’intervenir rapidement lors d’un sinistre, de définir un « pattern » d’activité, etc.

Pour surfer sur cette vague, BNP Paribas Cardif a développé un prototype de déclaration et de suivi de sinistre par la voix à travers une application mobile. Couplé à un « chatbot », un assistant vocal permet de déclarer votre sinistre en moins de deux minutes en parlant à votre Google Home.

Vos données privées peuvent néanmoins être exposées au risque de piratage et donner la possibilité aux plus malveillants de prendre le contrôle de votre smartphone, connaitre vos habitudes et ainsi s’introduire à votre insu dans votre domicile.

Les assureurs devront, à ce titre, penser « sécurité connectée », en faisant appel à des experts (Kaspersky, BitDefender, etc) qui fournissent des solutions destinées à sécuriser des espaces de stockage virtuel, afin d’instaurer un climat de confiance avec leurs assurés. Ceux-ci devront également être acteurs de ce processus en sécurisant les mots de passe de leurs appareils et effectuer des mises à jour régulières.

Assurance Santé : mieux vaut prévenir que guérir ?

Les objets connectés dédiés à la santé ou au bien-être (capteurs d’activité, de sommeil, tensiomètres, balances, etc.) permettent de suivre votre hygiène de vie et votre activité physique au quotidien et d’avoir accès à des données auparavant réservées aux professionnels de santé. Ces données peuvent notamment être partagées avec votre assureur afin de proposer des programmes de coaching personnalisé et placer l’assureur dans un rôle de prévention des risques.

Peu d’assureurs ont néanmoins osé adresser ce marché en raison du risque lié à la collecte, au stockage et à l’exploitation de ces données considérées comme extrêmement sensibles.

Generali avait d’ailleurs soulevé une vive polémique en septembre 2017 en proposant à ses assurés au mode de vie ‘sain’ de cumuler des points et d’obtenir des récompenses auprès de partenaires (tels que Club Med, Sephora, Fnac et Decathlon), après avoir apporté la preuve de leur activité physique régulière via des objets connectés : « Souriez… vous êtes assurés, surveillés et évalués ! »

Le chemin semble ainsi encore long pour faire accepter ce type de système dans l’hexagone, là où en Chine, grâce à l’absence de règlementation sur la protection des données personnelles, certaines entreprises privées exploitent ces données pour développer leur intelligence artificielle.

Vos données personnelles, victimes du syndrome Big Brother

De nombreuses questions sont ainsi soulevées liées à la confidentialité, à la propriété des données dans une logique B2B2C et au risque de démutualisation au profit de l’individualisation.

L’utilisation de vos données personnelles permettra donc certainement aux assureurs d’améliorer la pertinence de leurs services, mais devra reposer sur une relation de confiance accrue, et surtout placer la création de valeur au cœur des leurs préoccupations, dans une logique de personnalisation.

La liste des points sensibles inhérents à l’assurance connectée n’est surement pas exhaustive et à mesure qu’elle va prendre de l’ampleur au sein de notre vie quotidienne, de nouvelles dérives et de nouveaux risques vont apparaître. Chaque innovation contient des limites, il est donc du ressort de ses utilisateurs (assureurs comme assurés) de ne pas tomber dans une facilité aveugle d’utilisation sans en mesurer les conséquences.

Un système basé sur le partenariat avec des applications de sport, des constructeurs automobiles innovants ou des acteurs de la domotique pourrait ouvrir aux grandes compagnies d’assurance de nouveaux marchés, tout en garantissant la protection de leur ‘chère clientèle’. De là à leur éviter, à leur tour, d’être un jour ubérisées ?

Par Sophie Nehaïssi, consultante Square

 

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