Slasheurs et multipotentiels : ces OVNI qui inquiètent l’entreprise.

Focus RH – le 9 mars 2020 :

La singularité et la pluriactivité d’un nombre croissant de collaborateurs viennent perturber et remettre en question l’organisation actuelle des entreprises.

Quelle place est faite pour ces nouveaux profils aux multiples facettes ? Doit-on les considérer comme un phénomène conjoncturel éphémère ou bien serait-ce l’occasion de repenser en profondeur le lien de subordination entre salarié et entreprise ? Cas isolé ou phénomène de société ?

Personne n’est surpris de voir son PDG au conseil d’administration d’une autre entreprise, réaliser des conférences ou encore donner des cours à l’université. C’est même parfois une fierté, alors pourquoi devrait-il en être autrement pour le reste des salariés ?

Paradoxalement, il semblerait que l’entreprise soit presque la dernière à être surprise par l’arrivée de ce phénomène dans les rangs des salariés, à moins qu’elle ne considérât que ce statut ne put être que limité aux cadres dirigeants.

16% des actifs

Depuis des décennies, les mondes de l’audiovisuel, de la presse ou encore des sciences, voient leur quotidien rythmé par les slasheurs, et ce à tous niveaux hiérarchiques ou statuts confondus. Les slasheurs, terme popularisé aujourd’hui et issu de l’anglais slash désignant le caractère typographique « / » utilisé pour accoler plusieurs métiers ensemble, désigne une personne qui, volontairement ou non, cumule plusieurs emplois rémunérés.

D’après l’étude 2016 du SME (ex-Salon des Micro-Entreprises), ils seraient ainsi en France 4,5 millions, soit 16% de la population active, à cumuler au moins deux emplois salariés.

« Pluriactifs » pour le ministère du travail, 70% de ces 4,5 millions de slasheurs le sont par choix, et 77% exercent leur seconde activité dans un autre secteur que celui de leur activité principale.

Indépendance et expérience comme valeur ajoutée

Agiles et pragmatiques*, les slasheurs n’ont de cesse d’équilibrer besoins économiques et besoins de complétude. Ne se retrouvant pas dans le format traditionnel – un poste pour 5, 10, ou même 20 ans – ils décident de multiplier les expériences et les métiers en adéquation avec leurs besoins. Instables et inconstants pour l’entreprise traditionnelle, ces OVNI inquiètent. Ils viennent bouleverser ses codes et interrogent la relation entreprise/salarié, allant jusqu’à remettre en cause le principe de subordination : le salarié affranchi deviendrait maître de sa carrière.

Toutefois, malgré les apparences, ils pourraient devenir demain des atouts pour les entreprises qui sauront composer avec leur profil touche-à-tout. Dans un monde en perpétuelle évolution, hyperconnecté et digitalisé, ces profils curieux et avides d’apprentissage sont essentiels pour apporter l’agilité nécessaire aux organisations.

En effet, 60** à 85%*** des emplois de 2030 n’existent pas encore. Avec de tels couteaux-suisses créatifs, l’entreprise pourrait relever de manière innovante les défis qui se présenteront à elle.

En jonglant entre les compétences et les connaissances, les slasheurs ne se limitent pas à un cadre déterminé, mais font appel à toute leur palette de savoirs dans le cadre de leurs missions.

La dynamique d’indépendance et d’apprentissage des slasheurs fait leur valeur ajoutée. Complets, curieux et souhaitant s’épanouir au travers de ce qui les anime réellement, ils n’ont pas peur de se remettre en question plutôt que de rester à un poste qui les ennuie ou qui ne leur permet pas de s’exprimer.

Vers une (r)évolution des équilibres

Il est essentiel pour le slasheur de pouvoir intégrer professionnel et personnel, enjeux et valeurs, intérêt et mission.

Privilégiant des contrats souples qui lui permettent de se projeter (intérim, freelance, CDD) associés à des statuts divers (salarié, micro-entrepreneur, entreprise individuelle, etc.), le multipotentiel cherchera systématiquement à équilibrer ses besoins et ses activités, en faisant régulièrement appel à son bon sens.
Cela ne revient pour autant pas à sonner le glas du sacro-saint CDI, mais bien au contraire qu’il est plus qu’indispensable de le faire évoluer et de le repenser à la lumière de cet état de fait. Pour l’entreprise, apporter plus de souplesse dans sa relation avec ses salariés lui permettrait non seulement de rationaliser sa propre activité en identifiant son véritable coeur de métier, mais également de miser sur le potentiel de ses salariés.

L’entreprise pragmatique ?

C’est une réflexion plus globale sur le sens du travail et des organisations qu’il convient de mener, avec bon sens et pragmatisme. L’avènement du digital et l’ouverture au monde que propose le contexte économique actuel transforment le rapport entre organisations et salariés.

La version vécue comme rigide, contraignante et exclusive du CDI actuel ne fait plus sens pour une frange croissante des actifs, et s’adapter à cette demande en évoluant est nécessaire. L’entreprise doit désormais faire preuve d’agilité en travaillant de manière à proposer de nouveaux dispositifs plus souples et en adéquation avec les attentes des salariés, au risque de voir fuir ou s’éteindre des talents précieux qui lui auraient permis d’avoir un avantage concurrentiel indéniable.

Par Jean Tramier, consultant Square

* « Profession slasheur – cumuler les jobs, un métier d’avenir », Marielle Barbe, Marabout – 2017
** « La révolution des métiers », étude Ernst and Young, 2014
*** Rapport Dell et de l’Institut pour le Futur, 2017

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