Assurance auto connectée : les constructeurs automobiles bientôt incontournables.

AGEFI Luxembourg – Mars :

Avec le développement de la télématique et des objets connectés les assurances auto « au comportement » ou « UBI » (Usage Based Insurance) apparaissent un peu partout en Europe. Déjà très présentes en Italie (17% de part de marché) et dans une moindre mesure en Grande Bretagne ou en Allemagne, elles peinent à prendre leur envol ailleurs en Europe même si les perspectives de croissance restent optimistes.

Le principe de l’assurance UBI est simple : grâce à un système télématique embarqué, le style de conduite (accélérations, freinages, vitesse…) est analysé et traduit en un score par la compagnie d’assurance qui adapte ensuite la prime payée par le conducteur en fonction de son score.

Dans la pratique on constate que le plus souvent une réduction de prime substantielle est déjà accordée à l’assuré dès la signature du contrat. Par la suite le calcul du score sera calibré de manière à accorder assez facilement la même réduction lors du renouvellement du contrat pour autant que le conducteur ait eu un comportement routier relativement responsable. Les réductions de prime en théorie pour « bon comportement » sont donc surtout accordées pour s’assurer que le conducteur continue de donner accès au système télématique embarqué de son véhicule. Les assureurs ayant bien compris que les perspectives de développement lié à l’exploitation des données télématiques sont plus importantes à long terme que l’objectif premier d’amélioration potentielle de la sinistralité.

Le système télématique peut avoir diverses formes : depuis une boite noire entièrement autonome qui sera installée par un professionnel au cœur de la voiture, jusqu’aux simples applications pour smartphone en passant par des petits boitiers (dongles) connectés au port OBD du véhicule ou encore diverses balises à brancher sur la prise 12V et partiellement dépendantes d’un smartphone pour envoyer les données.

Tous ces systèmes ont des avantages et surtout des inconvénients qui compliquent singulièrement la mise en œuvre des contrats « UBI » :

Les applications pour smartphones sont gratuites et permettent de « connecter » virtuellement n’importe quelle voiture, y compris des anciens modèles où l’électronique serait complément absent. Mais la pertinence et la précision des données captées par les GPS et les gyroscopes des smartphones peuvent être parasitées par les utilisateurs. Il suffit que l’assuré oublie de débrancher son application avant de prendre un TGV et son assureur recevra l’information qu’un excès de vitesse à plus de 300 km/h est commis. A l’inverse pour faire disparaitre une conduite erratique qui pourrait affecter le score il suffira de passer en « mode avion » ou d’activer les paramètres de confidentialité.

Les dongles sont à priori plus fiables et moins sensibles à la fraude. Ils ont de plus l’avantage de pouvoir capter une partie des informations fournies par le « CAN », le système de communication interne des capteurs embarqués (ABS, ordinateur de bord, GPS etc.). En contrepartie, ils doivent être installés par le conducteur lui-même ce qui n’est pas toujours aussi simple qu’il n’y parait (savez-vous où se trouve le port OBD de votre véhicule ?) et surtout il faut développer un dongle capable de communiquer avec les systèmes embarqués de constructeurs qui multiplient les versions de leurs protocoles propriétaires sans compter que ces derniers limitent de plus en plus l’accès aux données pour des raisons de sécurité ou de stratégie commerciale.

Au coût du dongle et de sa logistique (envoi, installation, retour en fin de contrat), il faut ajouter les démarches pour être reconnu comme partenaire autorisé par le constructeur pour pouvoir accéder aux données du véhicule.

 Les « boites noires » représentent la solution quasi optimale : fiables, sécurisées et précises. Elles ont le gros défaut de nécessiter un passage en atelier pour leur installation ce qui se traduit par un coût pour l’assureur de 300 à 500 € par véhicule en moyenne. De quoi affaiblir la rentabilité déjà fragile de l’assurance auto.

Les coûts d’infrastructure et de collecte des données participent pour beaucoup aux difficultés de mise en place d’un produit d’assurance télématique. D’autant plus qu’aux coûts d’installation et d’infrastructure (de 30 à 50 € par an et par véhicule) il faudra le plus souvent encore ajouter le coût d’un discount de l’ordre de 20 à 40% offert à la signature du contrat pour convaincre un automobiliste de partager ses données de conduite.

Même si au-delà des objectifs d’amélioration du taux de sinistralité, les assureurs anticipent de nombreux bénéfices possibles autours de voiture connectée, l’absence de ROI positif avant un minimum de 3 années suivant l’activation pénalise le développement de l’assurance connectée dans le secteur automobile.

Les polices de type « UBI » pourraient cependant malgré tout continuer de croitre grâce aux constructeurs automobiles qui intègrent les capteurs télématiques dans leurs modèles neufs sur les chaines de montage.

De plus en plus de modèles, même d’entrée de gamme sont équipés de série d’un système de télématique complet dont le surcoût devient insignifiant comparé au coût total d’achat du véhicule.

Ces équipements d’origine ont également l’avantage en théorie de ne pas être limités dans l’accès aux données enregistrées et de pouvoir communiquer plus facilement avec les différents types de capteurs utilisés par le même constructeur.

L’obtention du consentement des utilisateurs pour le partage des données est également simplifiée dès l’instant ou en échange on propose des services comme la géolocalisation en cas de vol, une information sur le trafic routier, des alertes de maintenance etc.

Débarrassés des problématiques de logistique et avec un coût d’infrastructure intégré au prix de vente du véhicule, les constructeurs ont les bases d’un système télématique économiquement viable. Dès lors ils cherchent naturellement à promouvoir la consommation des données qu’ils peuvent produire avec au premier rang les assurances au comportement.

BMW, pionnier de la télématique embarquée a déjà mis en place une « marketplace » (BMW CarData) pour vendre à des tiers les données collectées par les véhicules de la marque (y compris les MINI). Parmi les utilisateurs on trouve Allianz et son service télématique « Allianz Bonus Drive ».

Mercedes n’est pas en reste et a entrepris un vaste programme de « retrofit » pour équiper ses véhicules d’un connecteur télématique OEM de type OBD. Depuis quelques mois, tous les propriétaires de Mercedes construite à partir de 2007 se voient ainsi proposer de prendre rendez-vous en concession pour faire installer gratuitement le système « Mercedes Me » qui ouvre l’accès à différents services connectés.

La marque à l’étoile collabore déjà avec AXA (tout comme le groupe PSA) pour proposer sous sa marque de constructeur des assurances classiques ou connectées.

Toyota de son côté privilégie la collaboration avec son assureur captif MS&AD pour proposer dans divers pays européens et au Japon des produits d’assurance connecté liés à des modèles spécifiques.

Aux Etats Unis on peut encore citer l’emblématique Tesla qui teste en Californie une assurance « maison » et 100% télématique.

Le potentiel énorme de la télématique dans l’assurance auto est donc toujours réalisable mais de plus en plus les assureurs devront composer avec les constructeurs automobiles qui entendent bien se rendre incontournables en prenant la maitrise sur les données.

Faire cavalier seul ne restera pas possible encore bien longtemps et les assureurs devront nouer des alliances avec les constructeurs à l’échelon européen, ce sera le seul moyen d’avoir accès aux données pour un coût acceptable. Les assureurs pourront également se rendre incontournables s’ils peuvent démontrer qu’ils sont plus efficaces et plus rapides que les manufacturiers automobiles quand il s’agit de mettre sur le marché et gérer des services et des applications orientés clients.

Par Geoffrey Laloux, senior manager Square

 

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