Ne pas dire « confinement », une tactique qui peut payer.

Les Echos – le 18 mars 2020

Le président de la république a pris la parole une seconde fois ce lundi 16 mars 2020 pour faire un point sur la situation liée à la crise du COVID19 et informer entre autres la population française de règles encore plus restrictives quant à ses déplacements.

Toutefois au grand étonnement de la population il n’a pas prononcé le mot tant attendu par tous les français : confinement.

Les emplois répétés de ce mot dans les minutes suivantes par ses ministres de la santé ou de l’intérieur ont malgré tout laissé un sentiment d’inachevé à la plupart de nos compatriotes ou même des commentateurs qui ont immédiatement mis en avant tour à tour une erreur de communication et un manque de clarté du président de la république.

Procès en royauté

Mais l’on peut aussi voir dans ce non-dit une tactique risquée mais potentiellement payante.

Une tactique risquée car le fait de ne pas verbaliser le mot attendu c’est prêter le flanc aux critiques déjà nombreuses sur le manque de clarté d’Emmanuel Macron et sa capacité à parler avec trop d’emphase et pas assez de précision. C’est aussi vouloir montrer que le président ne traite pas les sujets opérationnels alors même que l’union nationale, que l’on voit apparaître dans les enquêtes d’opinion, ne peut apparaître que dans une telle situation de crise pour s’incarner dans un chef qui gère cette situation et commande les troupes.

Le procès « en royauté » d’un homme qui s’éloigne des préoccupations quotidiennes et parle uniquement de grands sujets jugés « hors sol » n’est pas loin.

Protéger l’économie

Mais cette tactique risquée peut être également payante à double titre.

Cette distanciation non pas sanitaire mais communicante permet justement de se démarquer du quotidien et de se positionner non pas uniquement en homme du moment, de la situation difficile, mais en Président qui réfléchit, qui pense plus grand comme le montre la fermeture des frontières de Schengen et sa volonté d’inclure une riposte politique et économique européenne et non seulement française.

Cette communication permet surtout de ne pas figer le pays autour d’un mot certes attendu mais qui cristalliserait immédiatement toute l’économie d’un pays et qui contribuerait encore davantage à détruire toute confiance en l’avenir et tout rebond potentiel. Ralentir mais pas arrêter comme nos voisins italiens est l’objectif du chef de l’état qui a voulu, plus que jamais, faire de la politique.

Ainsi, les mots « nous sommes en guerre » destinés aux journaux du matin comme aux livres d’histoire, sont plus combatifs et permettent de garder les forces économiques du pays sous tension. Le président a t’il mal nommé les choses et « rajouté au malheur du monde » ou les a t’il juste décrites pour ne pas en rajouter. L’avenir nous le dira.

Par Julien Borderie, Partner Square

 

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