N’est-il pas urgent de fabriquer à proximité des consommateurs ?

La croix – le 19 mars 2020 :

Le rapatriement de la production en France est un sujet qui revient régulièrement dans l’actualité. La pandémie actuelle a entraîné l’arrêt des approvisionnements en provenance de l’usine du monde, la Chine, et a mis les entreprises françaises face aux inconvénients et conséquences d’une production délocalisée. Sans aucun doute, nous pouvons affirmer que cette crise sera l’élément déclencheur de la remise en cause des choix stratégiques de fabrication des nouveaux produits dans les pays à bas coût de main d’œuvre, décidés pendant ces dernières décennies.

Quatre crises se succèdent.

La première crise est politique. En Syrie, en 2019, les occidentaux (les Américains en premier) ont pour la première fois depuis plusieurs générations « laissé tomber » un allié. Les Kurdes qui, au sol, ont triomphé avec de lourdes pertes de « l’État islamique », n’ont plus été soutenus. Le contrat de confiance est définitivement rompu. Personne ne peut plus avoir confiance dans la garantie occidentale de la défense des routes internationales. Personne ne peut garantir les flux internationaux de marchandises.

La seconde crise est environnementale. Comment laisser entrer sur notre territoire des produits avec des méthodes de production peu économes en énergie et productrices majeures de CO2 ? Comment laisser entrer des produits fabriqués par des entreprises qui ne respectent pas les droits syndicaux ou les droits de l’homme. A minima, des taxes « carbone » à l’entrée de nos frontières européennes vont être mises en place ces prochaines années. L’Europe a eu sa légitimité dans la garantie de la paix après la Seconde Guerre mondiale. Comme l’affirme la nouvelle direction de la commission, la lutte climatique devient une priorité et un nouveau combat pour l’Europe. Les produits fabriqués avec des méthodes faiblement climato-compatibles ou peu responsables socialement seront vraisemblablement taxés à nos frontières à brève échéance.

La troisième crise est liée à la révolution digitale. La robotisation de la production alliée à l’utilisation de l’intelligence artificielle permet de produire avec des charges en main d’œuvre beaucoup plus faibles dans des usines moins consommatrices d’énergie ou d’eau. Une production de qualité demandera des ingénieurs et des cobots — managés par du personnel ayant la maîtrise des décisions ­— avec par exemple, des batteries rechargeables avec des panneaux solaires sur le toit et des processus sans plastique ni consommation excessive d’eau. Des taxes locales pourraient peser sur les produits qui ne sont pas assez économes en énergie ou en eau, à l’image des bonus / malus actuels sur les voitures.

Une quatrième crise, très faiblement anticipée, est la crise générée par le COVID-19. Dans cette récente grande crise sanitaire, le confinement est la seule solution. A l’avenir, des régions entières, voire des continents entiers, pourront être coupés du monde.

Les grandes entreprises multinationales ont déjà, pour une partie de leurs services (et certaines de leurs productions) une réflexion continentale. L’Europe fabrique pour l’Europe, l’Amérique pour l’Amérique et l’Asie pour l’Asie (aujourd’hui, l’Afrique semble oubliée). Dans le cadre des réflexions de RSE (responsabilité sociale d’entreprise) ou des réflexions sur le climat, ces grandes entreprises ont pour la plupart fait des études sur leur résilience qui se concluent souvent par :  « comment survivre en Amérique en cas de crise majeure » ! Les multinationales ne sont jamais complètement extraterritoriales, les lois s’appliquent dans chaque pays même si la performance de la finance internationale permet des arbitrages très importants de localisation de la création de valeur en fonction des taxes et impôts. Les arbitrages de ces compagnies peuvent se faire au seul bénéfice des USA et de leurs ateliers de production qu’ils protègeront.

Les gouvernements européens et la commission européenne doivent agir pour une résilience européenne face à ces crises et ne pas laisser l’exercice de la résilience économique aux seules mains des multinationales.  Or, aujourd’hui plus qu’hier, il n’est pas envisageable pour les Européens ou pour les entreprises européennes de se passer de tout ou partie de leur production. Face aux futures crises, les produits consommés en Europe devraient être produits majoritairement en Europe. Une législation européenne est souhaitable pour accompagner l’inéluctable modernisation des outils de production.

La France, avec son principal allié allemand, a des atouts considérables. Les solutions de mécanisation et de robotisation arrivent, depuis les années 2015, dans les usines et entrepôts de France avec des robots français ou allemands. Elles permettent une hausse de la productivité, une baisse de la pénibilité au travail et une baisse des coûts. La France innove et est leader pour la création de produits de luxe ou de marque. Produire localement permet d’acquérir des savoir-faire et de conserver nos avantages de créativité. Si les entreprises françaises, toujours plus innovantes, souhaitent conserver leurs innovations et donc leur avantage concurrentiel, il est indispensable d’investir en France ou a minima en Europe.

Une entreprise qui produit en France aura certainement, dans le futur, plus de succès qu’une entreprise qui produit dans les pays à bas coûts. Depuis quelques années, les consommateurs français développent une conscience citoyenne. La réussite d’entreprises comme « Le Slip Français » démontre la volonté qu’ont les consommateurs français à vouloir garder l’ensemble de leur Supply Chain ainsi que la valeur au sein même du pays. Le « Made in France » est pour beaucoup un gage de qualité. Le savoir-faire français fait vendre. Les consommateurs seront de plus en plus sensibles aux manques de responsabilité sociétale et environnementale de certains lieux de production. La conscience collective et individuelle incite de plus en plus à acheter des produits fabriqués localement et autrement.

Dans un avenir proche, les entreprises françaises robotiseront la production, à proximité des consommateurs, dans un plus grand respect de l’environnement et en limitant la pénibilité pour tous les travailleurs.

Par Aïssa Maamer, Solenn Laplanche et Philippe Lachaize, consultants Square

 

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