Compétitivité des clubs de foot français : un décrochage économique sans retour.

Sport Stratégie Hebdo – Semaine du 23 mars :

A l’exception du Paris-Saint-Germain et de l’Olympique Lyonnais, les clubs français sont en retard au niveau économique par rapport à leurs homologues européens. Entre une fiscalité désavantageuse, des revenus peu diversifiés et des stades mal adaptés, le décrochage s’avère incurable.

Le FC Barcelone est passé en tête des clubs les plus profitables en 2019 (840,8 M€ de chiffre d’affaires) et a détrôné le Real Madrid (2: 757,3 M€) d’après le classement Football Money League. Les seuls portes drapeaux tricolores sont le PSG (5e : 635,9 M€) et l’OL (17e : 220,8 M€). Une infériorité numérique face aux machines à cash anglaises (8 clubs), italiennes (4 clubs), espagnoles et allemandes (3 clubs) qui symbolise le hors-jeu des clubs français dans la course aux millions.

Un régime social et fiscal désavantageux

Historiquement, le régime social représente l’obstacle majeur auquel se heurtent les clubs tricolores pour concurrencer les clubs étrangers. L’écart du poids des charges patronales avec ses voisins européens est abyssal. Pour un salaire brut de 1,8 millions d’euros annuel, ces charges sont jusqu’à quarante-trois fois plus élevées en France qu’en Allemagne et trente-sept fois plus fortes qu’en Espagne d’après une étude de Première Ligue – AyacheSalama parue en 2019. Exemple encore plus frappant, en 2018, le PSG a payé plus de charges sociales que tous les clubs de Liga, Serie A et Bundesliga réunis. Difficile dans ces conditions, pour les clubs à petits budgets, d’attirer les joueurs de niveau international ou de les retenir lorsque les concurrents ne sont pas logés à la même enseigne. De surcroît, la fiscalité française s’avère instable. Un simple focus sur la gestion du Droit Collectif à l’Image (DIC) suffit à s’en convaincre. Instauré pour rétribuer les droits à l’image des sportifs sous forme de redevance à un niveau d’imposition moindre – et de facto alléger les charges qui pèsent sur les clubs – le DIC a été supprimé en 2010 par le gouvernement Fillon. Paradoxe, le Rapport Besson « Accroître la compétitivité du football professionnel français » commandé deux ans plus tôt par ce même gouvernement préconisait son maintien. Bis repetita, avec le gouvernement Philippe : malgré le vote en faveur de la loi Braillard en 2017 visant à réintroduire ce dispositif, le Premier Ministre a préféré repousser le projet, craignant l’impopularité d’avantages fiscaux accordés aux footballeurs, dans le contexte social extrêmement tendu de ces derniers mois.

Des revenus peu diversifiés

Pour compenser ce poste de dépenses conséquent, les présidents de Ligue 1 s’en remettent aux revenus de transferts et de droits télé, essentiels à leur survie. Sur les cinq dernières années, la part de la retransmission télévisuelle s’élève à presque 50% des revenus des clubs français. Une « télé-dépendance » qui ne risque pas de s’atténuer avec l’acquisition de la retransmission des matchs de Ligue 1 par Mediapro pour un montant record de 1,15 milliards d’euros par an sur la période 2020-2024. Une situation en réalité satisfaisante pour les dirigeants qui négligent d’autres sources de revenus tel le sponsoring. La L1 n’a généré « que » 342 millions d’euros de revenus de sponsors en 2018. Bien loin des 1,38 milliards amassés par la Premier League la même année. Du côté des recettes de billetterie, même constat. Lorsque la L1 génère 191 millions d’euros, la Bundesliga en accumule plus de 500. En Allemagne, aller au stade ne se résume pas à regarder un match pendant quatre-vingt-dix minutes mais à arriver sur place plusieurs heures avant afin de profiter des animations proposées par le club et consommer quelques verres entre amis dans un environnement chaleureux. Malgré les efforts de certains clubs hexagonaux dans ce domaine, ces derniers se heurtent à la loi Evin qui limite la vente d’alcool dans les stades. Un manque à gagner qui s’élevait tout de même à 40 millions d’euros en comparaison des recettes allemandes en 2014 selon l’Union des clubs professionnels de football.

Des stades modernisés mais surdimensionnés

Avec l’Euro 2016, les clubs français ont eu une formidable opportunité de moderniser leur parc de stades vieillissants et de combler leur retard sur les clubs européens. L’objectif était clair : des enceintes plus grandes et plus accueillantes pour attirer les supporters dans l’espoir d’augmenter les revenus. Quatre ans plus tard, les résultats n’atteignent pas les attentes. Rares sont les stades de Ligue 1, pleins à craquer et résonnants à l’unisson. Les Girondins Bordeaux en sont le parfait exemple. D’après la Ligue de Football Professionnel, le Matmut Atlantique a terminé à la 9e place du classement des affluences de L1 lors de la saison 2018/2019 avec 23 349 spectateurs en moyenne et un taux de remplissage de seulement 56%. En son temps, Chaban Delmas comptait quasiment le même nombre de visiteurs malgré sa capacité d’accueil de 17% inférieure. Le constat est donc sans appel : les nouveaux stades sont surdimensionnés. Agrandir et moderniser les stades ne suffit pas à séduire les amateurs de ballon rond qui réclament avant tout du spectacle et des résultats. En dépit de ses nouvelles installations, le club aquitain avec sa modeste 14e place au championnat passé et seulement 34 buts marqués en 38 matchs n’a pas déplacé les foules.

La présence du PSG et de l’OL au classement des clubs les plus rentables est le fruit de stratégies de long-terme (investissements dans la formation, signatures de partenariats commerciaux, développement international…). Des modèles à suivre par leurs concurrents nationaux qui, pour l’heure, masquent la faiblesse économique ainsi que le manque de compétitivité sportive de la L1. Les deux locomotives du football français peinent néanmoins à exister sur la scène européenne. Alors peut-on espérer voir un club français devenir le plus riche du monde à l’avenir ? Seul le PSG en paraît capable grâce à ses moyens quasi illimités. Quant à soulever une coupe d’Europe ? Rien n’est moins sûr.

Par Maxime Bonhomme, consultant Square

 

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