Covid-19 : le financement des crises, l’union de la réassurance et de la titrisation.

 AGEFI HEBDO – N° du 9 au 15 avril 2020 :

 

L’enjeu : la liquidité

Dans les crises sanitaires, comme celle que nous vivons, l’enjeu est la rapidité. Pour sauver des vies, il faut des financements, et vite. Mais où trouver la liquidité ? Chez les réassureurs ?

Depuis l’ouragan Andrew en 1992 ($26.5 milliards de dégâts dont 20 de pertes assurées) les réassureurs transfèrent leurs risques en s’inspirant de la titrisation : avec les Catastrophe Bond. Le principe est simple : l’investisseur achète une obligation avec une maturité de 3 à 5 ans, et une description stricte de la catastrophe couverte (type, lieu, intensité…). Par la suite, soit elle n’a pas lieu et le réassureur rembourse les nominaux (l’investissement) en les abondant de leur coupon (l’intérêt). Soit elle se produit ; l’investisseur perd alors le coupon, et peut perdre jusqu’à la totalité du nominal. Le réassureur peut, lui, financer les conséquences de l’évènement.

Pourquoi investir dans des scénarii catastrophes ? Le rendement ! Les taux à deux chiffres sont rares, et les conditions d’utilisation très strictes ; le « Cat Bond » de la tempête Harvey en 2017 couvrait les dégâts générés par « les vents », pas par les inondations !

Cela apporte également aux investisseurs de la diversification puisque ces obligations sont décorrélées des marchés financiers : seules exceptions les pandémies et les cyber-attaques.

La titrisation des pandémies : le PEF

En juillet 2017, sur demande et participation du G7 et de l’Organisation Mondiale de la Santé, la Banque Mondiale a créé le « Pandemic Emergency Financing Facilities », dit le PEF, avec une maturité de 3 ans.

Comme tous les fonds, il possède plusieurs classes. La « A », dite « assurantielle », qui pourrait couvrir jusqu’à $ 425 millions, selon de nombreux critères, et la « B » plus souple, qui apporterait des liquidités jusqu’à $ 95 millions.

Depuis fin janvier 2020, Artemis (média d’analyses de données sur les risques alternatifs, les obligations catastrophes, et la réassurance non traditionnelle) estime que le Covid-19 pourrait, juste avant sa maturité, ouvrir le volet assurantiel du PEF.

Ses déclencheurs sont précis : taux de mortalité dans le pays d’origine ; contamination d’un autre pays ; 8 autres pays avec un nombre de décès supérieur à 20 par jour ; plus de 2 500 morts dans le monde. Tous sont atteints. Seule reste la vitesse de propagation à la fin de douze semaines consécutives. La date butoir était le 23 mars et les calculs sont lancés par le modélisateur de risque AIR Worldwide, l’annonce officielle est attendue pour le 9 avril.

Ce taux de croissance est à définir dans les pays bénéficiaires de cette aide : les pays en développement, qui de fait, ont un taux de contamination détecté plus faible. Il est tout de même fort probable qu’il soit positif, et que cela signe la perte du nominal de la « Classe B » ainsi que de 16,67 % de la « Classe A » (le reste étant protégé par une clause imposant la présence de multiples agents pathogènes). Cela représenterait un financement de $ 196 millions.

La réalité de la réponse globale

Le 3 mars, David Malpass, président du Groupe de la Banque Mondiale, revenait sur le PEF. Il rappelle qu’il a été créé pour apporter une aide rapide et externe aux pays en développement, et pas contre une épidémie mondiale. Il a validé le 17 mars le financement de 14 milliards de dollars afin de « […] renforcer la préparation des systèmes nationaux aux urgences de santé publique, […] mais aussi de soutenir le secteur privé ». Il précise que « si le PEF venait à s’ouvrir, il apporterait des fonds supplémentaires ».

Le PEF va-t-il s’ouvrir et financer l’aide contre le Covid-19 aux pays en développement, ou remboursera-t-il ses principaux porteurs (le G7) lors de sa maturité en juillet 2020 ?

Annoncé en avril 2019, un « PEF 2.0 » doit voir le jour en mai 2020. Les modélisateurs de risques travaillent avec la Banque Mondiale pour définir le profil de risque, avec de nouvelles « options » comme, par exemple, forts de la vision post-Ebola, la possibilité de s’ouvrir pour une pandémie dans un seul pays avant qu’elle ne touche les pays limitrophes.

Qu’en sera-t-il post Covid-19 ?

Lors de la création du PEF, la Banque Mondiale estimait : « Une pandémie d’une ampleur aussi grave que la grippe espagnole de 1918 pourrait coûter jusqu’à 5 % du PIB mondial, c’est-à-dire près de 4 000 milliards de dollars ».

Aurons-nous un PEF 2.0 capable de prendre en charge une telle pandémie ?

Par Coralie Nicollet Simon, project manager Square

 

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