La solidité des banques à l’épreuve de la solidarité bancaire.

Finyear – le 07 mai 2020 :

Contrairement à la crise économique de 2008, où les banques avaient bénéficié d’un plan de sauvetage de la part des États et des aides de la BCE, elles sont à leur tour pleinement mobilisées pour soutenir les entreprises face à la crise sanitaire du Covid-19. Ce qui n’est pas sans risque pour leur solvabilité et leur rentabilité. Pour accompagner cette mobilisation, plusieurs assouplissements réglementaires ont été accordés par la BCE. En échange, cette dernière a demandé aux banques de suspendre le versement de leurs dividendes « au moins jusqu’en octobre 2020 ».

Le 2 Avril 2020, toutes les grandes banques françaises acceptaient cette condition, alors que nous nous dirigions vers une année record de versement de dividendes. Si les banques ont souhaité répondre favorablement à cet appel, c’est pour jouer leur rôle d’intermédiation financière en soutenant dans un premier temps la trésorerie des acteurs économiques et éviter ainsi un effet domino entrainant tour à tour défaillances d’entreprises, licenciements et chômage massif. C’est aussi l’occasion pour elles de redorer leur blason auprès du grand public, blason terni par les précédentes crises financières et cible systématique de la vox populi lors des débordements de manifestations des Gilets Jaunes.

Les dividendes pour les actionnaires représentent un complément de revenu très attendu au cours de l’année valorisant ainsi leur investissement et leur prise de risques, mais les banques ont décidé avant tout d’afficher leur solidarité et de participer à l’effort national. L’attribution des dividendes auraient pu permettre aux actionnaires d’alléger les 30% de pertes subies sur les cours de bourse lors du premier trimestre 2020 ; le non-versement de ces dividendes permettra en outre de renforcer les ressources financières des banques en cas de perte sur les risques de crédits.

Le système bancaire va ainsi jouer son vrai rôle, celui de l’intermédiation bancaire en finançant l’économie réelle.

D’autres mesures extraordinaires ont aussi été annoncées : la création de prêts garantis à hauteur de 90% par la BPI, bras financier armé de l’État, et destinés à soutenir le financement bancaire à hauteur de 300 milliards d’euros, et les reports d’échéances bancaires des entreprises. Toutes ces initiatives démontrent le rôle incontournable des acteurs bancaires pour soutenir notre économie.

Les régulateurs ont également pris la mesure de la crise et de ses conséquences en facilitant les démarches des banques, et en assouplissant certains dispositifs réglementaires. L’Agence Bancaire Européenne a ainsi reporté sine die ses tests de résistance bancaire (les fameux stress tests) d’un an, soit en 2021. La mise en application de Bâle III a également été repoussée d’un an, soit en 2023. De même, concernant la norme IFRS 9, la BCE préconise aux banques de se baser sur des scénarii de plus long terme dans la construction de leurs modèles de détermination des provisions, afin d’éviter « une volatilité excessive de leur provisionnement ».

Suite à la crise financière de 2008, de nombreuses mesures ont été mises en place pour réduire le risque systémique, consolider les réserves en fonds propres, de liquidité et de trésorerie, afin que les banques soient mieux capitalisées et mieux armées en cas de crise. L’une des mesures phares consistait à fixer un niveau de fonds propres réglementaires, composé :

– des exigences requises et définies par le Pilier 1 : les Accords de Bâle (4,5% en fonds propres durs minimum) et les différents coussins (le coussin de conservation des fonds propres : portant à 7% le niveau de fonds propres “durs”; le coussin contracyclique compris entre 0% et 2,5% et le coussin systémique allant de 1% à 3,5%) imposés par les régulateurs.
– des exigences supplémentaires définies par le Pilier 2 : il s’agit d’exigences supplémentaires en fonds propres, fixées individuellement par les régulateurs.

Face à l’ampleur de cette crise sanitaire, la BCE a sorti « l’artillerie lourde » en effectuant un allègement temporaire des exigences en fonds propres concernant celles requises par le Pilier 2. De plus, elle autorise les banques à puiser dans leurs coussins de fonds propres, issus du Pilier 1. D’ailleurs, le Haut Conseil de Stabilité Financière a décidé d’abaisser de 0,25% à 0% le coussin de fonds propres contracyclique pour la France. Selon l’autorité de supervision bancaire de la BCE, cet allègement en fonds propres s’élèverait à 120 milliards d’euros pour l’ensemble des acteurs bancaires européens. Théoriquement cela pourrait donc permettre aux banques de financer les entreprises à hauteur de 1 800 milliards d’euros de prêts et de compenser d’éventuelles pertes liées aux prêts accordés à ces dernières, sans avoir recours à des mesures prudentielles.

Par ailleurs, la BCE a réalisé un nouveau programme d’achats d’obligations, s’élevant à 750 milliards d’euros. Ce programme intitulé “Programme d’achat d’urgence pandémique” (PEPP) vise à soutenir l’économie de la zone euro : ménages, entreprises, banques et gouvernements dans le cadre de leurs programmes de dépenses publics, tout en maintenant un niveau de taux d’intérêt bas.

Malgré tout, les banques vont faire face à un risque de crédit beaucoup plus élevé, notamment avec un risque de faillites des entreprises qui va inexorablement s’accroître. Il ne s’agit pas, bien sûr, de prêter sans aucune garantie, (pour les prêts garantis par l’État, les entreprises dont le bilan est négatif ne seront pas éligibles à l’aide) mais d’être beaucoup plus souple. Par ailleurs, les banques sont elles aussi confrontées à un risque opérationnel plus important, en raison du sous-effectif de leurs équipes, ce qui peut contribuer à réduire leur efficacité et allonger le temps d’analyse des dossiers de prêts.

La France se dirige vers sa plus forte récession depuis 1945. Nous n’en connaissons pas encore l’ampleur exacte, mais la réactivité des banques et leur solidité nous montrent qu’elles devraient être les “pièces maîtresses” pour sortir de cette crise. La crise financière de 2008 a été imputée à juste titre aux banques mais la crise sanitaire que nous traversons actuellement nous montre que les banques jouent enfin leur rôle, celui de soutenir l’économie réelle pour éviter l’effondrement du système économique.

Par Delphine Citré et Erve Estrocio, consultants Square

 

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