Les assurances « Pay how you drive » : bancales mais indispensables.

RiskAssur Hebdo – édition du 1er mai :

Pour les automobilistes, l’assurance « Pay how you drive », c’est nouveau et en théorie révolutionnaire.

Le principe peut se résumer simplement : le montant de votre prime d’assurance est directement en fonction de la manière dont vous conduisez. Plus vous conduisez « bien », plus votre prime d’assurance sera réduite.

L’analyse du style de conduite est réalisée au moyen d’une « boîte noire » installée à bord du véhicule et qui transmet de manière autonome diverses données fournies par les nombreux capteurs embarqués.

Pour les conducteurs, c’est la possibilité de réduire significativement leur prime d’assurance (de 20 à 40% selon les pays). Et pour les assureurs, c’est la promesse de nettoyer leur portefeuille de clients et de ne garder que les bons profils.

De la définition du « bon » conducteur

Si vous craignez qu’opter pour une assurance au comportement, c’est accepter d’avoir un copilote, qui va systématiquement vous dénoncer en cas d’erreur de conduite ou d’infraction, vous pouvez dormir tranquille. Big Brother n’est pas encore dans votre voiture.

Quelles soient installées d’origine par le constructeur ou montées en atelier, les « boîtes noires » qui collectent vos données de conduite sont relativement limitées. Elles sont au mieux composées d’un GPS et d’un accéléromètre triaxial qui leur permet de mesurer vos accélérations et freinages ainsi qu’éventuellement les accélérations latérales quand vous abordez un virage par exemple. En complément, votre vitesse réelle est calculée grâce au GPS et votre respect des limites de vitesse peut être établi par comparaison avec une base de données.

Un « pied lourd » pourra donc être détecté, de même qu’une conduite brusque. Par contre, les dépassements de lignes blanches, le non-usage des indicateurs de direction ou le non-respect des distances de sécurité resteront indétectables. Même l’utilisation d’un smartphone au volant aura de bonnes chances de passer inaperçu. Tant que vous n’aurez pas d’accident, votre assureur n’aura qu’une vue très simplifiée de votre conduite réelle.

Pas de pénalisation des mauvais comportements…

On pourrait penser que l’analyse d’un style de conduite permet quand même de faire payer plus cher les « mauvais » conducteurs, même si ceux-ci n’ont pas (encore) eu d’accident, mais la pratique est tout autre. Un assureur ne pourra utiliser contre un conducteur que les comportements illégaux, des éléments objectifs, dont il est en mesure de prendre connaissance.

Faire du 130 km/h sur autoroute est pénalisant, mais rouler à 49km/h en ville sans phares et aux abords d’une école un jour de brouillard n’est techniquement pas un comportement dangereux utilisable par un assureur. De même, si les accélérations brutales et les freinages intempestifs constituent un élément objectif de conduite non optimale, ils ne peuvent à ce stade constituer un motif de pénalisation pour un assureur car ils ne sont pas illégaux par nature.

A supposer qu’une évolution du cadre législatif – et contractuel – puisse permettre la prise en compte de ces éléments, le conducteur risquant d’être pénalisé pourra toujours s’en aller à la concurrence, de préférence chez un assureur « traditionnel » qui estime les risques uniquement sur base actuarielle (âge, expérience, type de véhicule, sinistralité, etc). Et de toute façon, l’absence de protocoles d’échanges des données de conduite entre assureurs permettrait au conducteur à risque de « repartir à zéro » simplement en changeant de compagnie d’assurance.

Et pourtant le modèle a un intérêt certain

L’assurance au comportement a cependant un avenir si on dépasse l’objectif officiel de réduction de la sinistralité et que l’on considère les bénéfices annexes.

On peut raisonnablement penser que le conducteur qui opte volontairement pour une assurance au comportement est déjà sensibilisé à la conduite responsable et qu’il sera enclin à utiliser une App mobile – fournie par son assureur – pour recevoir des conseils personnalisés afin d’améliorer sa conduite, sa consommation, la durée de vie de son véhicule, etc. Pour un assureur, ces applications sont une opportunité unique pour créer un lien avec les clients et pour engager le dialogue dans un contexte autrement plus propice que le règlement d’un sinistre ou la résiliation d’un contrat.

Avec la collecte des données et l’établissement d’un dialogue via une App, les assureurs auront alors les bases d’un écosystème digital qui permettra d’automatiser le traitement de certains sinistres et de proposer de nouveaux services comme des solutions de mobilité partagée ou encore des paiements intégrés aux véhicules. L’assurance « Pay how you drive » n’est donc qu’une première étape dans la digitalisation de l’assurance.

Par Geoffrey Laloux, senior manager Square

 

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