Crise du Covid 19 : une aubaine pour les financiers ?

Le Courrier Financer – le 12 mai 2020 :

La pandémie de coronavirus provoque secousses et volatilité en bourse. Quelles répercutions cet épisode va-t-il avoir sur les investissements à moyen terme ? Comment saisir les opportunités à venir ? Plus d’explications avec Delphine Citré, consultante senior chez Groupe Square.

De l’essor de l’épidémie de Covid-19 en Chine, aux dates fatidiques d’annonces de confinement, ou de mesures sanitaires exceptionnelles des gouvernements ayant entraîné un arrêt brutal des économies du monde entier, les bourses internationales se sont brusquement effondrées les unes après les autres.

Or c’est bien souvent dans ces épisodes de secousses et de volatilités boursières que nous assistons à une multiplication des mouvements sur les marchés. Un intérêt croissant est né, notamment chez les particuliers, qui veulent profiter d’un effet d’aubaine et spéculent sur une prochaine reprise de la bourse.

Du côté des particuliers

Les Français ont toujours été réputés pour ne pas investir en Bourse et constituer une épargne de sécurité notamment au travers du Livret A. Selon un sondage Odoxa – LinXea de 2019, seulement 15 % d’entre eux sont présents sur le marché boursier et 19 % seraient prêts à investir dans les actions, essentiellement par craintes des pertes.

Depuis le début du confinement, nous constatons une explosion de l’ouverture des comptes titres ou PEA. La banque en ligne Boursorama a ouvert 20 000 nouveaux comptes titres pour ses clients. ING a noté des volumes de transaction multiplié par 4 par rapport au rythme de transaction habituel… Ce phénomène peut d’autant plus s’accentuer quand on sait que les ménages français ont épargné malgré eux plus de 60 milliards d’euros depuis le début de cette crise sanitaire.

Professionnels et investisseurs

Mais l’intérêt se pose naturellement sur les grands investisseurs. L’effondrement des cours boursiers constitue est une opportunité financière qu’il convient de saisir aussi bien pour les fonds d’investissements que pour nombre d’entreprises souhaitant profiter de cette période pour prendre des parts de marché à leurs concurrents.

Entre la diminution des cours du pétrole et la chute des cours boursiers, l’Arabie Saoudite en profite également pour « faire son shopping » sur les grands industriels européens dans le domaine pétrolier et gazier. Début avril, le fonds souverain de l’Arabie Saoudite (Public Investment Fund) aurait investi pour 1 Md$ dans des sociétés européennes : ENI en Italie, Equinor en Norvège, Royal Dutch au Royaume-Uni et Total en France.

Vincent Bolloré a quant à lui racheté 10,6 % de Lagardère via son entreprise Vivendi, officiellement pour aider son ami Arnaud Lagardère qui est actuellement attaqué par le fonds Amber Capital mais qui se révèle être une bonne opération financière au vu des prix « cassés ». Le Hedge Fund spéculatif bien connu Citadel a de son côté déjà créé un fonds spécifique au Covid-19 : « Citadel Relative Value Fixed Income Fund », qui a pour objectif de profiter de la volatilité des marchés financiers.

Il suffit de regarder l’indice de volatilité VIX, qui est très agité depuis quelques semaines pour comprendre les opportunités à saisir ces jours-ci si nous nous positionnons dans le bon sens. Le Hedge Fund SABA Capital Management — qui mise sur les défauts et sur les sociétés notées fragiles par les agences de notation — a déjà réalisé plus de 30 % de gains sur la période.

Craintes du gouvernement

Avant cette crise, il était question de privatisations d’entreprises, comme avec l’introduction en bourse réussie de La Française des jeux (FDJ) et le projet pour Aéroport de Paris (ADP). Nous parlons désormais de nationalisation des entreprises en France, ce qui peut déjà en effrayer certains. Les craintes des souvenirs des nationalisations de 1981 sous François Mitterrand pourraient revenir à la surface, ainsi que de la mainmise ou du contrôle à terme de l’Etat sur le fonctionnement de l’entreprise.

Bruno le Maire, le ministre de l’économie, s’est dit prêt à nationaliser les entreprises qui se verraient dans la difficulté financière ; l’objectif étant de protéger le patrimoine national industriel. La Fnac Darty est par ailleurs le premier groupe français à avoir bénéficié du soutien financier de l’Etat.

Une proposition de loi pour la création d’un fonds souverain français de 300 Mds€ a été faite dans ce sens, afin de renforcer les obligations du ministre de l’Economie lorsqu’il donne son accord à un investissement étranger. L’ancien ministre Éric Woerth propose, lui, la création d’un nouveau livret bancaire : le livret « C » comme Corona. Ce livret aurait pour but de placer l’épargne des Français pour un grand projet d’investissement national.

Savoir saisir les opportunités

Cette pandémie offre comme toutes les crises des opportunités financières réelles. Il faudra donc confronter les notions du darwinisme et de la sélection naturelle du libéralisme économique au protectionnisme national. « Le malheur des uns fait le bonheur des autres » : cet adage est toujours d’actualité en dehors de toute considération philosophique ou sociale. Rappelons la maxime du célèbre financier Warren Buffet : « Soyez craintifs quand les autres sont avides et avides quand les autres sont craintifs ».

Par Delphine Citré et Nicolas Kling, consultants Square

 

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