Quel impact le télétravail pourrait-il avoir sur le logement en région parisienne ?

@Alexander Kagan

Business Immo – le 25 juin 2020 :

La France s’est retrouvée paralysée en raison du Coronavirus : recours au télétravail, chômage partiel et confinement ont rythmé la vie des Français durant plusieurs semaines !

La place du logement prend alors une place importante. Certains habitants de Paris intra-muros ont pris le parti de quitter leur résidence principale. Pour illustrer ceci, une étude de l’INSEE et de l’opérateur téléphonique Orange montre que 200 000 Parisiens ont quitté la capitale à l’annonce du confinement : un approvisionnement en denrée alimentaire incertain, une forte densité d’habitant au km2 augmentant le risque de contamination, la promiscuité des logements parisiens et une nécessité d’espace pour s’occuper des enfants sont autant de facteurs qui ont poussé les habitants du Grand Paris à trouver une solution de repli. Cet exil a donc pu être possible pour cette population ayant la capacité de télétravailler.

Le retour de ces franciliens s’effectue déjà progressivement, mais sur le long terme, quel phénomène pourrait être observé au niveau du partage du temps de travail et quels impacts sur le logement d’habitation en région parisienne ?

Une étude Odoxa1 montre que depuis le début du confinement « 45 % des actifs ne travaillent plus du tout, seulement 1 sur 4 se rend encore au travail, les autres exerçant en télétravail ». Pour les individus qui le peuvent, le télétravail représente une alternative permettant de continuer son activité professionnelle à distance. Subitement, les entreprises ont dû se montrer réactives pour assurer une pérennité de service et digitaliser leur processus. Les plus agiles ont pu mettre en place des dispositifs efficaces et certaines d’entre elles ont dû complètement repenser leur manière d’appréhender le management de leurs salariés. Dans le cas où le recours au télétravail est un succès, il est fort à parier que les chartes des petites et grandes entreprises évoluent afin de permettre davantage de home office au sein de leur organisation.

En cette période inédite, cette nouvelle approche a permis aux entreprises de :

  • Assurer une productivité suffisante au maintien de l’activité ;
  • Responsabiliser ses collaborateurs et contribuer à l’effort collectif ;
  • S’adapter brutalement à un nouvel environnement et organisation du travail.

Si une minorité d’entreprises françaises avaient déjà recours au télétravail avant le confinement, la généralisation du travail en remote s’était déjà intensifiée avant l’apparition du Covid-19. Une étude réalisée sur le télétravail, menée par le CSA pour Malakoff Humanis2, montre que 75 % des salariés et 65 % des dirigeants du panel interrogé sont persuadés que la pratique du télétravail a vocation à se développer dans les années à venir. Ils considèrent également que cet outil peut s’avérer particulièrement efficace pour s’adapter à une situation de cas de force majeure (mouvement social, épidémie…).

La flexibilité qu’offre le télétravail nécessite, d’une part, les matériels et outils nécessaires afin de pouvoir travailler ; et d’autre part, un environnement stable et propice afin de conjuguer vie professionnelle et vie personnelle. Il s’agit de s’interroger sur ce dernier point puisque cela pourrait donner des envies d’ailleurs à certains salariés souhaitant occuper un logement plus adapté à cette nouvelle pratique de travail. La forte densité de population de Paris et l’envolée des prix au mètre carré de la capitale pourraient être boudées et des zones moins tendues pourraient profiter de l’afflux de populations de télétravailleurs. Cette perspective pourrait profiter au Grand Paris, mais aussi à des zones plus éloignées, au-delà du périmètre de l’Île-de-France.

Nous l’avons vu précédemment, plus de 10 % de la population active francilienne a souhaité, l’espace d’un temps, s’exiler en province. Et si cette population faisait le choix pérenne de quitter les grandes villes tout en travaillant à distance de manière plus régulière ?

Aujourd’hui, le nombre d’acheteurs demeure plus important que le nombre de vendeurs de bien immobilier sur la place. Dans le scénario où cette part de la population (N.B. : 10 % de la population active francilienne) venait à quitter la région, la tendance des prix pourrait fortement être inversée, et donc, les prix de l’immobilier à l’achat baisseraient. Cette hypothèse serait également valable pour le parc immobilier dédié à la location, car la demande locative irait à la baisse et les loyers pourraient être diminués. Autre impact, de nombreux étudiants s’installent en studio à Paris afin de réaliser un stage. Si le télétravail se développe et cible également les étudiants en stage, quel avenir pour ces petites surfaces à louer ? Les dépenses liées au logement font partie des postes de charges les plus importantes (étude de l’INSEE 2016 sur le mode de consommation effectif des ménages en France), la manière de se loger pourra connaître un tournant important si la pratique du télétravail est retenue durablement par les entreprises.

Pour continuer en ce sens, début mai 2020, le constructeur automobile PSA annonce vouloir généraliser la pratique du télétravail hormis les activités de production. 80 000 collaborateurs seraient potentiellement concernés à l’échelle mondiale. La volonté du groupe est également de « réduire son empreinte immobilière ». PSA souhaite donc repenser sa manière de travailler et réaliser de fortes économies sur la gestion de son parc immobilier. Le flex office se démocratisera donc sur l’activité tertiaire de la marque française.

Outre les dimensions sociales et environnementales qui entourent l’après-Covid, le logement prendra certainement une place centrale sur le plan économique. Les entreprises souhaiteront réaliser des économies sur des postes de charges significatifs, comme le logement notamment. La nécessité pour les particuliers de se loger à proximité de leurs lieux de travail parisiens ne sera plus pertinente avec l’émergence du télétravail. C’est dans cette hypothèse que nous pourrions assister à une baisse des prix du marché immobilier parisien en raison de l’exode des acheteurs à Paris si ce phénomène est suivi massivement.

Par Damien Fourreau, consultant chez Square

1. Étude Odoxa — avril 2020 — Baromètre des économies régionales… confinées
2. « Études de perception CSA pour Malakoff Humanis, réalisées auprès de deux échantillons représentatifs de 1 610 salariés (recueil par internet) et 402 dirigeants et DRH (enquêtes menées par téléphone) d’entreprises du secteur privé, contacté en deux périodes : novembre-décembre 2019 et février 2020. »

 

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