Union Européenne : la fracture et la dette.

Finyear – le 29 juin 2020 :

La crise sanitaire actuelle touche durement et probablement durablement l’ensemble des membres de l’Union Européenne (UE), avec des disparités selon les pays. La gestion de cette dernière impose une réponse collective et immédiate pour l’endiguer, à la fois sur le plan sanitaire et économique. En effet, chaque pays membre a mis en place son propre dispositif pour soutenir et renforcer son système de santé, son économie… ce qui n’est pas sans conséquence sur son propre endettement. Ainsi, les conséquences de cette crise ne sont pas sans rappeler celle des dettes souveraines de 2010, qui avaient généré une profonde fracture idéologique entre « le Nord” et “le Sud” de l’UE, dans le choix des dispositifs à mettre en place pour la résoudre, notamment lors de la création du Mécanisme Européen de Stabilité.

Dans ce contexte particulièrement difficile, la frontière entre les pays du Nord et ceux du Sud de l’UE réapparaît vigoureusement, s’appuyant sur une profonde divergence idéologique. D’une part, les pays du Nord représentés par l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche qui prônent pour un fervent respect des règles et une gestion budgétaire rigoureuse, demandent des garanties pour la mise en œuvre des mécanismes d’urgence, afin de lutter contre cette pandémie. D’autre part, les pays du Sud, constitués entre autres de l’Italie, de l’Espagne et de la France affirment l’importance d’être solidaires pour soutenir les pays les plus fragilisés par cette crise.

Toutefois, après de nombreux échanges infructueux lors de ces dernières semaines, un accord sur un plan de relance économique semble avoir été trouvé le 9 avril 2020, par les ministres des Finances de la zone euro. Il s’appuie sur 3 axes :
• 240 milliards d’euros de prêts du fonds de secours, il s’agit du Mécanisme Européen de Stabilité (MES)
• 200 milliards d’euros pour le financement des PME Européennes
• 100 milliards d’euros pour soutenir le chômage partiel

Ces accords sont essentiels mais insuffisants pour permettre une relance réelle de l’économie Européenne. Ainsi, les pays du Sud, emmenés par la France et encouragés par la BCE, ont proposé un nouvel instrument économique : l’Eurobonds. Il s’agit d’un emprunt émis en commun par les pays de la zone euro sur les marchés. Ce dernier a l’avantage de mutualiser la dette et d’empêcher la spéculation des marchés financiers sur les États en difficulté. Cet instrument ne vise pas à “payer les dettes du passé, mais [à] organiser le financement futur des coûts de la crise” afin de soutenir l’économie sur le long terme. Rien n’est encore acté au sein de l’UE et les contours restent encore à être déterminés. Cependant, certaines divergences font déjà échos au sein des gouvernements du « Nord » face à ce type d’instrument, qui ne voient aucun intérêt à endosser une partie des risques et dépenses des pays perçus comme étant “dispendieux”.

Les pays membres de l’UE devront malgré tout réussir à s’entendre et faire preuve d’union lors de la relance économique, afin de s’affirmer sur la scène internationale pour affronter les grandes puissances telles que les Etats-Unis, la Chine et le Japon, pour ne pas se retrouver relégués au dernier rang.

En ces temps difficiles, quel devrait être l’avenir de l’UE ? Une union plus forte, unifiée et solidaire… Toutefois, une faiblesse au sein des fondations mêmes de l’UE semble apparaître : l’absence d’une union budgétaire. Elle se manifeste par des désaccords systématiques et récurrents en raison notamment de modèles économiques différents, mais également d’une culture et d’une histoire propres qui les ont conduits à adopter des doctrines budgétaires bien éloignées.

Les membres de l’UE ayant déjà renoncé à leur propre politique monétaire et malgré l’urgence de la situation, ne sont peut-être pas prêts à renoncer une nouvelle fois à une partie de leur souveraineté nationale, en abandonnant leur politique économique et budgétaire.

Cependant, face à la gravité de cette pandémie, les principes de l’orthodoxie budgétaire ne semblent plus d’actualité. La menace d’une récession mondiale est proche et afin d’atténuer un ralentissement de l’économie sur le long terme. Ne devrions-nous pas nous diriger vers un moratoire sur les dettes ?

Par Delphine Citré, consultante chez Square

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