Dans quelles mesures les différents plans de relance des Etats constituent-ils un risque pour la stabilité financière mondiale ?

Le Revenu – le 23 juin 2020 :

 La décision d’un plan de relance massif coordonné au niveau des vingt-sept pays européens n’est pas encore actée mais les mesures de soutien à l’économie se multiplient depuis plusieurs semaines. Bien que nécessaire, le recours à des plans de relance se justifie économiquement mais ils aggravent ainsi une situation budgétaire déjà bien fragile pour certains pays.

Des mesures d’urgence et un plan de relance européen massifs

8.000 milliards de dollars

A tous les niveaux, les réponses ont été fortes et importantes. Selon le Fond Monétaire International (FMI), près de 8.000 milliards de dollars ont déjà été mis sur la table pour lutter contre le COVID-19 .

Aux Etats-Unis, un plan de relance massif et historique a été approuvé, fin mars, d’un montant de plus de 2.200 milliards de dollars à destination des salariés, ménages et entreprises (conséquent comparativement à l’American Recovery and reinvestment act de 2009 de 787 milliards de dollars selon l’OFCE).

En Europe, d’une part, la Commission Européenne a mis en place une garantie de 1.000 milliards d’euros et a proposé 3 milliards d’euros d’assistance macro-financière à travers sa stratégie «Team Europe».

De plus, un «plan de soutien européen de 500 milliards a été acté» alors qu’il était de 200 milliards d’euros en 2008. D’autre part, la Banque Centrale Européenne a sorti l’artillerie lourde avec un plan massif d’achat de titres (PEPP) en plus d’un apport de liquidités, le tout estimé à plus de 1.100 milliards en 2020.

Déploiement d’une relance «nécessaire et urgente» En France, un plan d’urgence économique de 110 milliards d’euros (au lieu de 45 milliards d’euros votés en mars dernier) a été mis en place (le plan de relance de 2008 représentait 26 milliards d’euros). En outre, le premier budget prévoyait une garantie de l’État sur les prêts octroyés aux entreprises par les banques de 300 milliards d’euros. Selon plusieurs économistes (Pierre-Olivier Gourinchas, Philippe Aghion) le plan de soutien nécessaire en France devrait être compris entre 10% et 15% du PIB (entre 230 et 400 milliards d’euros).

En plus des réponses à très court terme, l’Union Européenne va déployer une relance «nécessaire et urgente», discutée lors d’un conseil européen le 23 avril dernier. Ce plan devrait représenter entre 5 et 10% du PIB de l’UE soit un montant compris entre 800 et 1600 milliards d’euros. L’ampleur des mesures de relances est donc bien plus importante qu’en 2008, augmentant ainsi une dette publique encore conséquente pouvant donc mener à des risques pour la stabilité financière.

 Des interventions à risques

Dans une perspective mondiale, les mesures mises en place pour faire face à la crise sanitaire représentent un risque pour la stabilité financière. Dans son rapport sur le sujet paru en avril 2020, le FMI met en évidence les risques potentiels.

D’abord, les pays émergents et pré émergents seront victimes de cette crise. Suite à la plus forte inversion de flux d’investissements de portefeuille jamais enregistrée, une hausse des restructurations de la dette est probable et des défauts sont même envisageables. Ensuite, les mesures budgétaires et monétaires de relance révèlent des vulnérabilités financières ainsi qu’une dette mondiale en forte augmentation (alors que la dette publique mondiale s’élevait déjà à 83% du PIB mondial en 2019). Enfin, sur le marché du crédit, et compte-tenu du niveau élevé du niveau d’endettement des entreprises non financières et des ménages, une situation de surendettement est possible suite au confinement.

Quelles conséquences pour la France ?

La situation française est également préoccupante. Déjà, dans son rapport annuel en février 2020, la Cour des Comptes alertait : «La France a vu sa position se dégrader au fil des années, elle dispose aussi de moins de marges de manœuvre pour la politique qu’elle entend mener, notamment en cas de récession ou d’autre choc majeur».

La dette publique française est attendue à 115% de son PIB pour 2020, ce qui constitue un risque sur sa soutenabilité notamment en cas de remontée des taux.

En décembre 2019, la Banque de France identifiait 3 types de risques.

Premièrement, le taux d’endettement de l’ensemble du secteur privé non financier pourrait grimper à 133% du PIB au premier trimestre 2019. D’éventuels chocs pourraient fragiliser leur solvabilité. La situation financière de ces acteurs sera durablement impactée suite au confinement, ce qui renforce le risque de faillite à court terme.

Deuxièmement, concernant les risques de marchés, du fait d’une rémunération insuffisante de certains risques, une diversification du portefeuille d’actifs est alors recherchée pouvant provoquer une prise de risque excessive notamment sur des marchés plus spéculatifs.

Troisièmement, la prise en compte insuffisante des changements structurels peut devenir un facteur de fragilisation à moyen-long terme.

Quelles perspectives pour les épargnants ?

Une nouvelle crise des dettes souveraines semble écartée. Récemment, l’ancien chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, notait qu’une «crise des dettes publiques était peu probable».

Il est vrai qu’aucun consensus n’apparait sur un niveau d’endettement maximum ou au-delà duquel un risque surviendrait (pour rappel, la dette publique du Japon s’élève à plus de 250% de son PIB), cela dépend de la confiance des marchés et de la capacité de l’Etat à stabiliser sa dette dans le temps.

La crise financière de 2008 et celle des dettes souveraine de 2011 en Europe ont conduit les institutions à se réformer pour aller vers plus de résilience.

Ainsi, des institutions et des mécanismes de surveillance micro et macro prudentiel ont été mis en place en Europe et en France pour veiller à la stabilité financière mais des progrès sont encore à réaliser pour éviter une nouvelle crise.

C’est le cas du SESF (Système Européen de Stabilité Financière) en Europe et de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) en France. La résilience du système financier rassure les investisseurs en quête d’orientations et de perspectives.

Epargne forcée

Rationnellement, suite à une intervention budgétaire et à un plan de relance, certains individus seront tentés d’épargner afin d’anticiper des futures hausses de prélèvements obligatoires (selon la Banque de France, les ménages ont accumulé environ 60 milliards d’euros d’épargne forcée pendant le confinement).

Cette épargne forcée devrait se transformer en consommation dans les mois à venir, pouvant influer le niveau général des prix. D’autres saisiront les opportunités spéculatives à la suite de la chute des principaux indices boursiers.

Il est sûr qu’un ensemble d’indicateurs seront à surveiller de près par les investisseurs : le PIB, l’inflation , le chômage , le nombre de faillites ou encore les taux d’intérêts.

Les prédictions demeurent incertaines tout comme l’ampleur et les répercussions de la crise économique à venir.

Par Arnaud Frémont, consultant chez Square

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :