Risque de crédit : la gestion du Covid-19, un paramètre de plus.

Le Courrier Financier – le 23 juillet 2020 :

La crise sanitaire du coronavirus a ébranlé l’économie mondiale. Quel impact pour le risque de crédit ? Comment les banques doivent-elles adapter leur gestion ? Les explications de Coralie Nicollet, Project Manager pour le cabinet Square.

La crise du Covid-19 met le risque de crédit sous surveillance alors que toute la filière était déjà dans le collimateur du régulateur. En effet, le Covid-19 plonge de nombreux particuliers ou entreprises dans des situations de risque d’impayés que les organismes de crédit devront gérer.

L’augmentation du nombre d’impayés arrive à un moment délicat. Depuis 2008 et la crise des subprimes, les demandes prudentielles et réglementaires de la European Banking Authority (EBA) se sont renforcées autour de la gestion du risque de crédit, et un certain nombre d’entre elles arrivent à échéance entre 2020 et 2021.

La gestion des NPL pour 2020

Le régulateur s’intéresse notamment aux « Non Performing Loans » (NPL). Ces prêts dits « non performants » sont caractérisés par la difficulté de l’emprunteur à rembourser le capital et/ou les intérêts d’un prêt en cours sur plus d’un trimestre. Ces prêts, dits « en défaut », font donc partie des plus grosses sources de risque de crédit d’un organisme financier.

Le régulateur — dans sa lutte contre les risques — demande aux banques de réduire le nombre de prêts NPL, d’en automatiser au maximum la gestion pour limiter les interventions manuelles, et d’en renforcer le reporting. Pour ce renfort, l’EBA a demandé des évolutions concernant les NPL dans le Financial Reporting, aussi appelé le FINREP. Cet état financier est produit trimestriellement pour la Banque Centrale Européenne (BCE).

Les modifications demandées sont de deux types :

  • Le module 1 prévoit de renforcer les informations habituellement fournies dans cet état notamment sur la ventilation, les contreparties, les restructurations et les garanties de ces prêts NPL ;
  • Le module 2 ajoute cinq nouvelles parties pour les banques présentant un ratio supérieur à 5 % de prêts en NPL. Ils doivent apporter de nombreux détails sur la composition et la gestion
    de ces NPL.

A deux mois de la première livraison de ce nouveau reporting, le passage massif de report d’échéances de prêts, de modifications de mensualités, ou autres types de restructuration dans le but de faciliter les opérations de crédit des entreprises et des particuliers, génère une nouvelle charge dans ces reportings, mais soulève également un risque concernant la volatilité des ratios de solvabilité des organismes de crédit.

Le NDOD pour 2021

Ce ratio de solvabilité était déjà dans le viseur de l’EBA. Effectivement, le calendrier réglementaire comptait la mise en place pour janvier 2021 du « New Definition Of Default » (NDOD, ou en français le Nouveau Défaut). Il s’agit d’une harmonisation de la notion de « défaut ». Pour l’instant, en étant propre à chaque institution financière, cette définition rend la surveillance globale des marchés financiers plus difficile.

Le respect des ratios prudentiels — notamment celui de solvabilité — devient aussi plus aléatoire. Si le ratio de solvabilité s’apparente au ratio d’endettement pour un particulier, il est indispensable d’avoir des définitions communes et générales des ressources et des charges. Dans le contexte actuel, un plus grand nombre de passage de prêts en défaut a donc un impact direct sur le ratio de solvabilité des banques.

Pour conserver leur ratio malgré l’augmentation de leurs engagements financiers, les organismes de crédits devraient augmenter d’autant leurs fonds propres — c’est-à-dire les capitaux propres et les autres fonds propres, investissement des actionnaires ou profits générés annuellement non reversés ni réinvestis.

Quel impact sur le crédit ?

En avril 2020, une clarification spécifique Covid-19 a été fournie par l’EBA afin de définir la marche à suivre dans le traitement différencié des défauts liés au contexte actuel, et des précisions sur les prêts qui pourront être considérés comme étant en défaut ou ceux qui ne seront classifiés qu’en « Moratoire Covid-19 ». Qui a son tour devra faire état d’un nouvel effort de reporting.

Les impacts économiques du Covid-19 sur le marché du risque de crédit auront des incidences sur la gestion à court, moyen et long termes de cette crise. Aujourd’hui les organismes de crédit répondent présents à la demande officielle du Président Macron en soutenant au mieux l’économie. Et demain, en communiquant sur leur solvabilité, ils pourraient maintenir les marchés en confiance.

Les évolutions réglementaires de ces dernières années ne commenceraient-elles pas à atteindre leur but de forger la robustesse des banques face aux crises systémiques ?

Par Coralie Nicollet Simon, project manager Square

 

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