Comment la banque pousse ses clients à réduire leur empreinte carbone.

MoneyVox – le 07 octobre 2020 :

En 2018, la première carte bancaire capable d’estimer l’empreinte carbone de son utilisateur était lancée par Doconomy. Dans les traces de cette pionnière, les acteurs bancaires français grands publics effectuent eux aussi leurs premiers pas vers un nouveau rôle : une forme de coach carbone particulier.

Comment les services bancaires peuvent-ils apporter un conseil environnemental à leurs clients ? Le principe est d’apparence très simple : estimer leur empreinte carbone individuelle en termes d’émissions de gaz à effets de serre équivalents CO2 (GES), puis des conseils pour leur permettre de la réduire. Deux moyens d’actions sont proposés aux clients : la modification de leurs comportements d’achat, ainsi que l’investissement dans des projets de réduction de l’empreinte carbone (ex : rénovation énergétique).

Comment une banque peut-elle estimer l’empreinte carbone de ses clients ?

L’estimation peut être réalisée à partir des dépenses, comme le fait Greenly par exemple. Chacune d’entre elles est classée par catégorie (électricité, taxi, marché local, supermarché, etc.). Cette catégorisation automatique peut être modifiée manuellement. En parallèle, un « facteur d’émission monétaire » (FEM) est appliqué à chaque dépense, selon sa catégorie. Le FEM représente un quota moyen d’émissions de GES, par euro dépensé dans la catégorie. A titre d’illustration, un panier moyen de 100 euros réglé en supermarché représente 66 kg de GES émis.

Le client peut alors suivre son empreinte carbone via une interface web ou mobile, qui présente généralement son historique par dépense, ainsi qu’une analyse de la part d’émission par catégorie et de l’évolution dans le temps. Le tout étant comparé aux objectifs alignés avec les accords de Paris visant à réduire la hausse des températures à 1,5°C ou bien avec la neutralité carbone. Pour mieux accompagner l’amélioration du bilan, les dépenses les plus polluantes sont détaillées et des actions sont proposées (changement de modes de vie ou projets de compensation carbone).

L’utilisation d’approximations ou de moyennes dans la méthode de calcul est tout à fait acceptable puisqu’elle a vocation à fournir une estimation. La fiabilité de la méthodologie d’agrégation des FEM et les dépenses, est garantie par le caractère scientifique de son approche. En effet, elle prend sa source auprès d’organismes publics et scientifiques renommés tels que l’ADEME, agence d’Etat à l’origine de la méthodologie du Bilan carbone®, ou encore l’INSEE. L’intelligence de ce système réside donc dans la pertinence de la catégorisation des dépenses et dans son approche scientifique.

Innovation de rupture ou gadget superflu ?

Il y a un enjeu majeur autour de l’empreinte carbone individuelle. Le ministère de l’Ecologie préconise de la diviser par 6 d’ici 2050 , alors qu’elle est à 12 tonnes de CO2 par an. Or, les actions individuelles peuvent contribuer à 50% de cette réduction. Par ailleurs, le respect de l’environnement est une réelle attente des clients puisqu’il affecte le choix d’achat de 87% des Français (1). L’estimation de l’empreinte carbone par achat peut servir ces objectifs.

Nous assistons bien aux prémices d’une tendance de fond sur plusieurs niveaux. Tout d’abord, ce service matérialise le lien indissociable entre les émissions de GES et la consommation finale au quotidien : ce qui aide à prendre conscience de son impact personnel. Ensuite, il met à disposition du grand public un référentiel commun permettant de mesurer et comparer l’impact environnemental de chaque consommation. Cette vision permet d’identifier les émissions principales et d’agir pour les réduire. Enfin, ce service démontre la capacité de mettre au service de l’environnement les données liées aux paiements. Plus largement, ce concept permet aux banques d’endosser un nouveau rôle d’acteur au profit de la transition énergétique.

Les acteurs bancaires sont-ils taillés pour ce costume ?

Bien que la légitimité en la matière ne paraisse pas flagrante, il n’est en réalité pas si surprenant que les acteurs bancaires jouent dorénavant un rôle plus global de « coach climat » sérieux et fiable. Il est d’ailleurs très probable de voir germer de nouvelles offres dans les prochains mois, sous l’impulsion d’acteurs émergents (Greenly, Helios, Green-got) ou traditionnels (BNP Paribas a intégré dans ses services l’estimateur d’empreinte carbone de Greenly).

Les acteurs bancaires disposent d’un véritable atout pour estimer l’empreinte carbone de leurs clients à un coût quasiment nul. Les banques traditionnelles sont par ailleurs épaulées par les fintechs et les néo-banques, qui multiplient le potentiel d’innovation de ces premières. De surcroît, la réglementation résultant du Plan Vert Européen incite fortement les établissements financiers à proposer des offres plus durables à leurs clients. Ils n’ont pas d’autres choix que de renforcer leurs engagements climatiques par davantage de transparence et par le développement de nouveaux produits (crédits, investissements, conseils) toujours plus durables.

Par Guilhem Ventura, consultant Square

 

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