Épargne : gagnez plus en aidant les entreprises grâce au crowdfunding ?

Le Revenu – le 18 octobre 2020 :

Le crowdfunding, ou financement participatif, est une source de financement alternative intéressante pour les entreprises et un nouveau placement potentiellement attrayant pour les épargnants. S’il ne manque pas d’atouts, ce nouveau modèle a aussi ses limites. L’analyse de Matthieu Neige, consultant chez Square.
L’avènement des réseaux sociaux et la possibilité d’échanger avec autrui sur internet a eu de multiples fruits et applications inédites : le secteur de la finance n’a pas échappé à la règle avec la création des plateformes de financement participatif.

Si le don a été le fer de lance du financement participatif à ses débuts, l’activité de prêt s’est imposée au fil du temps et est devenue la vitrine du financement participatif en France.

Car si une activité connaît un succès, pourquoi ne pas la transformer en une source de création de valeur ?

Aujourd’hui le virage du crowdfunding vers des activités rémunératrices est accompli mais le modèle cherche encore un souffle lui permettant de prendre une place de premier rang dans le secteur de la finance.

Le business model du crowdfunding possède de nombreux atouts…

Le mécanisme du financement participatif repose sur une idée à la fois simple et ambitieuse : faire porter à la foule (-crowd) le financement (-funding) de projets qui classiquement pourraient être financés par les banques et assimilés. Ainsi, dans sa forme d’activité de prêt ou crowdlending, nous trouvons d’un côté des entreprises cherchant des financements et de l’autre des épargnants cherchant à faire fructifier leurs économies.

Le positionnement des intermédiaires en financement participatif, donnant la possibilité à un épargnant d’investir dans des projets correspondant à ses exigences, est en forte résonance avec les aspirations des Français qui veulent avoir un impact positif sur l’écosystème d’entreprises autour d’eux.

Certaines plateformes se sont d’ailleurs positionnées stratégiquement en ce sens, en ne sélectionnant que des projets environnant les membres de la plateforme dans l’optique de favoriser l’économie locale, d’autres encore sélectionnent des projets en lien avec la transition énergétique.

Le financement participatif fait partie du cercle des rares activités financières où les taux d’intérêts demeurent relativement haut ce qui en fait un atout majeur pour séduire les épargnants, financeurs des projets. Selon les plateformes, les taux d’intérêts peuvent varier entre 6 et 10%. De plus, les plateformes de financement participatif maintiennent un taux de défaut sur leurs projets financés relativement bas ce qui laisse espérer un risque limité pour les investisseurs.

À titre d’exemple, October, un des acteurs majeurs du crowdlending, a annoncé un taux de défaut de 0,63% en 2019, bien inférieur au taux moyen constaté en avril 2020 par l’agence de notation de crédit S&P Global Ratings de 2,7% pour les entreprises européennes de catégorie spéculatives.

Du côté des emprunteurs, les conditions d’accès au crédit peuvent être plus souples que dans le circuit classique à qui les entreprises reprochent sa rigidité. Le crowdfunding est susceptible d’être un relai dans la corporate finance, des projets ou entreprises trop petits ou n’ayant pas assez d’apport pour séduire un banquier. La question du timing est également un élément crucial lors du financement d’un projet.

Or, lors d’une demande traditionnelle, entre le rendez-vous avec le conseiller et l’obtention des fonds, il peut souvent se passer un mois, ce qui n’est pas le cas avec le financement participatif où le demandeur peut obtenir ses fonds 10 jours après avoir déposé son dossier en cas de collecte fructueuse.

…mais se heurte également à certaines limites

On le voit, le financement participatif possède de sérieuses qualités pour se faire une place de premier rang dans l’économie. Mais le secteur, malgré une croissance importante, peine encore à se mettre à la hauteur de ses ambitions. Différentes limites existent, freinant la progression du crowdlending en France.

D’une part, les emprunteurs font le plus souvent appel aux banques pour faire financer leurs projets ou leur création. La force de l’habitude est une raison que l’on peut évoquer pour expliquer ce fait mais une force indéniable des établissements bancaires est la confiance qu’ils inspirent de par leur ancienneté. Le manque de souplesse dont peuvent faire preuve les banques dans l’attribution de crédit à des entreprises qu’elles ne jugent pas assez solides est en outre occulté par l’attractivité des taux d’intérêts actuellement à des niveaux plancher.

D’autre part, le succès des intermédiaires en financement participatif repose sur l’adhésion des financeurs aux projets soumis à la collecte. Or, malgré l’attractivité des rendements offerts aux épargnants, le rendez-vous semble tarder à arriver.

En effet, avec 642 millions d’euros collectés en 2019, le crowdfunding fait pale figure face aux 12,6 milliards d’euros de collecte du livret A ou encore des 25,9 milliards de collecte nette de l’assurance vie. Comment expliquer alors ce désamour ? Sans doute par un manque de visibilité des intermédiaires en financement participatif auprès du grand public ou encore la force de l’habitude.

En effet, les Livrets A et les assurances-vie en fonds euros, présents dans le paysage depuis des années, ont la cote face à des néo-placements qui, parce qu’ils sont nouveaux, suscitent la méfiance. Dans une période d’incertitude, les épargnants privilégient aussi, encore plus que d’habitude, les placements sans risque, ce que n’est pas le crowdlending.

Quels relais de croissance pour une montée en puissance du crowdlending ?

Mais si l’épargnant français est averse au risque, comment expliquer le succès grandissant des unités de compte qui représente désormais 27% de la collecte brute de l’assurance vie ? Ou encore le succès de l’introduction en Bourse de la Française des Jeux ?

La question de la confiance envers ces nouveaux acteurs de la finance est centrale et déterminera la capacité du financement participatif à monter en puissance, tant d’un point de vue des prêteurs que des emprunteurs.

Pour continuer à gagner la confiance de ces parties prenantes, il conviendra pour une plateforme de garder un taux de défaut maîtrisé tout en attirant les projets suscitant le déclic chez les investisseurs et garder la rapidité de déblocage des fonds, du délai de traitement des demandes et tous les avantages que peut trouver une entreprise dans le financement participatif, au-delà du côté palliatif au financement bancaire.

Car, oui, pour devenir un acteur majeur du financement de l’économie, il faudra que le crowdlending prenne toute sa mesure et coexiste avec les autres moyens de financement des compagnies. Le gain de visibilité est un facteur clé de succès comme le témoigne l’histoire de l’américain Kickstarter, plateforme où les projets sont financés à l’étape d’idée et où les buzz sont nombreux.

L’Union européenne se dote d’un cadre législatif solide, fixant des règles harmonisées notamment en termes de seuils de financements de projets favorable à une augmentation de la taille des projets éligibles et donc permettant une croissance saine du crowdfunding dans l’espace économique européen.

La crise sanitaire actuelle est également vectrice d’opportunités pour les intermédiaires en financement participatif comme peut le témoigner l’autorisation de distribution des fameux prêts garantis par l’État mais aussi par l’orientation que veut donner le gouvernement à la relance économique. En effet, la transition écologique est maître mot de cette relance, en adhésion avec les inclinaisons des français à une économie ayant plus de sens.

Si un des axes du plan de relance gouvernemental est l’injection, directe ou indirecte, de fonds publics, l’arme majeure serait d’orienter l’épargne des français vers des financements jugés utiles. Une arme que nos dirigeants semblent prêts à utiliser comme le peuvent en témoigner les différentes annonces récentes (ouverture du PGE aux intermédiaires en financement participatif, création d’un fond de Private Equity par BPi France accessible aux particuliers, etc.).

Par leur positionnement stratégique, les plateformes de crowdfunding pourraient tirer leur épingle du jeu en offrant la combinaison d’une épargne prospère, transparente et responsable.

Au-delà des facteurs de croissance propres aux intermédiaires en financement participatif, les institutions financières regardent avec un œil attentif l’évolution du secteur, comme le pointe le rachat de Lendopolis par La Banque Postale ou encore le partenariat entre Ulule et BNP Paribas.

Ainsi, les banques pourraient être source de visibilité, de confiance et de chiffre d’affaires pour les plateformes. Si aujourd’hui les deux solutions coexistent, demain seront-elles concurrentes ou partenaires ? La question reste ouverte.

Par Matthieu Neige, consultant Square

 

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