Reconfinement, les raisons profondes de la rébellion des commerçants et des entreprises.

Les Echos – le 16 novembre 2020 :

Ce reconfinement imposé fin octobre est accompagné de deux décisions emblématiques : la fermeture de tous les commerces dits « non essentiels » et l’instauration d’un télétravail obligatoire de cinq jours sur cinq pour tous les salariés dont les fonctions le permettent.

À la différence du premier confinement, qui avait été largement accepté et suivi par les entreprises, ce second confinement voit poindre deux catégories d’acteurs économiques qui refusent ou veulent minimiser les contraintes imposées. L’une est bruyante et concerne les commerces de proximité et l’autre, plus silencieuse, se tient dans les entreprises permettant le télétravail. Si les raisons de cette fronde peuvent sembler évidentes au premier abord, les problèmes évoqués ont de profondes racines et leurs solutions ne tiennent pas uniquement dans la levée des mesures gouvernementales.

Dans les commerces dits non essentiels (magasins de vêtements, librairies, fleuristes, …), après un printemps catastrophique, c’est la peur de la disparition pure et simple qui prévaut. Soutenus par certaines mairies, les commerçants refusent de fermer au prétexte que leurs magasins respectent bien les exigences sanitaires et qu’ils répondent à une demande de proximité des clients. Ils dénoncent une double concurrence qui reste ouverte et contre laquelle ils ne peuvent faire face : d’un côté la grande distribution et ses rayons spécialisés, de l’autre les sites internet, Amazon en tête.

Au sein des entreprises comptant des salariés pouvant télétravailler, même si la situation peut être moins catastrophique que pour les commerçants, l’envie de ne pas rester confiné est la même. Avec d’un côté les dirigeants qui, sans obliger leurs salariés car ils ne le peuvent pas, donnent des directives de présence partielle au travail ou fournissent des attestations de déplacements régulières voire permanentes. De l’autre, leurs équipes qui soit se sentent obligées de se rendre dans leurs bureaux, soit souhaitent venir pour des raisons personnelles : télétravail du couple, isolement, domicile exigu… La volonté des dirigeants et des managers est de ne pas se voir imposer un nouveau confinement total qui ralentirait l’activité commerciale ou les projets en cours.

Défaut d’adaptation

Les deux situations évoquées peuvent sembler différentes, mais les causes du problème sont identiques pour la vente de proximité comme pour le travail. Les entreprises rejettent le confinement car elles n’ont pas su ou voulu s’adapter à des attentes clients ou collaborateurs qui évoluent depuis des années. Le premier confinement était un avertissement fort, mais il n’a pas suffisamment été pris en compte. Les entreprises sont restées dans le déni du changement qui s’opérait sous leurs yeux et se sont exposées à nouveau en ne prenant pas de mesures fortes et rapides.

Si le gouvernement a écouté les commerçants en faisant fermer tout ce qui était considéré comme « non essentiel » dans les grandes surfaces, le problème reste entier avec Internet. Et l’on reparle d’Amazon, qui n’est pas exempt de tout reproche, mais reste l’arbre qui cache la forêt d’un commerce qui a changé et dont les clients attendent une commodité d’usages et de services (livraisons, « click & collect », remboursement sans frais…) que les magasins de proximité ne leur offrent pas suffisamment.

Les Français restent attachés à leurs commerçants, mais le manque de digitalisation et de modernisation des pratiques depuis plus de 15 ans se paye cash aujourd’hui. Et alors même qu’elles sont stigmatisées, les grandes surfaces font également face à cette concurrence digitale et produisent des efforts considérables de transformation ces dernières années pour ne pas voir une grande partie de leur activité disparaître.

Pour le télétravail, le premier confinement n’a été perçu par beaucoup de responsables d’entreprises que comme un moment qui disparaîtrait progressivement, n’entraînant que quelques collaborateurs dans la volonté d’aménager du temps de travail à distance. Les mois d’été ont vu dans beaucoup d’entreprises, un « retour à la normale » reprenant des pratiques historiques basées sur un contrôle physique des équipes qui privilégie le présentéisme et la visibilité.

La réalité est que les modèles managériaux et de gouvernance ont peu évolué depuis les années 1970 et ne correspondent plus aujourd’hui aux modes de vie, aux capacités technologiques ou aux nouvelles générations qui attendent de l’autonomie, de la confiance et une responsabilisation qui leur permettent de se sentir investis dans leurs rôles. Le lieu de travail quotidien ne devrait plus être un sujet au sein des entreprises : au domicile, à distance dans un co-working ou dans les locaux de l’entreprise ; les modes de travail ne remettent pas en cause les taches à réaliser.

On dit que les crises sont toujours des accélérateurs de tendances déjà présentes. Le problème cette fois est la force de la crise et la rapidité de réaction exigée. Ce second confinement sera donc plus que jamais un révélateur de l’inventivité, de l’agilité et la rapidité des entreprises à se transformer.

Par Julien Borderie, Partner Square

 

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