Les enjeux d’après crise du tourisme international.

Father and son traveling by plane

Economie Matin – le 25 octobre 2021


L’épidémie planétaire de la Covid-19 a radicalement chamboulé notre manière d’organiser notre été, et le dernier rapport du GIEC publié en août 2021 brosse un portrait menaçant voire effrayant de la situation climatique mondiale d’ici la moitié du siècle. Le tourisme international, sévèrement touché depuis début 2020, risque ainsi d’être l’un des secteurs dont la société attendra le plus de changements dans un futur proche. Que ce soient les modes de transport, d’hébergement ou plus généralement de consommation, les professionnels du tourisme vont devoir s’adapter pour que leur offre réponde aux nouvelles exigences de la population.


Si le tourisme national a été plutôt encouragé durant ces derniers mois, le tourisme à l’étranger a été, à l’inverse, fortement impacté au point de poser la question de la nécessité de certaines catégories de tourisme. En effet, les déplacements professionnels à l’international sont notamment pointés du doigt à l’heure du télétravail et des réunions en visioconférence. En revanche, d’autres types de tourisme, sans être totalement remis en cause, nécessitent une adaptation rapide face aux nouveaux enjeux que présente le secteur : l’écologie d’abord, mais aussi l’économie.


La nécessaire transformation écologique


L’enjeu écologique émane en premier lieu d’une prise de conscience collective de l’urgence climatique et de la nécessité de promouvoir des modes de vie plus respectueux de l’environnement. À la suite de la publication du rapport du GIEC et du constat alarmant qui y est fait, nombre d’acteurs du secteur du tourisme vont être surveillés dans leur capacité à s’inscrire dans une démarche écoresponsable voire en tant qu’acteur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Deux types de sociétés sont alors à prendre en compte ; celles étant dans la nécessité d’innover et celles qui vont devoir se transformer pour s’adapter. Parmi les premières, on peut surtout noter les sociétés de transport qui seront dans l’obligation d’innover ou de mettre à niveau une technologie déjà existante mais délaissée. Les compagnies aériennes vont, de ce fait, devoir recourir à une flotte moins polluante sur des trajets plus pertinents, c’est-à-dire par exemple en revoyant leur stratégie relative aux court-courriers. Par innovation, on peut penser à l’avion à hydrogène jugé moins polluant mais dont la technologie est encore à ses balbutiements. Dans un autre registre, le Suédois OceanSky proposera dès 2024 des voyages vers le pôle Nord en dirigeable haut-de-gamme pour un nombre très limité de passagers. Perçu comme un moyen de transport plus propre, il serait ainsi une alternative à l’avion mais également au bateau sur ce type de parcours. Moins contraints à l’innovation pure, les groupes hôteliers vont eux davantage chercher à transformer et adapter leur offre existante afin qu’elle soit en ligne avec les aspirations de leurs clients, en particulier sur l’environnement. Certains groupes se sont déjà engagés sur cette voie, comme InterContinental Hotels Group et sa marque Six Senses, qui propose des hôtels de luxe dont l’écoresponsabilité est au centre du projet. Certains tentent de jouer sur les deux secteurs que sont le transport et l’hébergement en profitant du regain d’intérêt que suscitent les trains couchettes, comme la startup française Midnight Trains, dont la vocation est de relier plusieurs villes européennes à Paris par des lignes de trains de nuit revisités. L’objectif avoué est de redonner son importance au trajet en proposant un voyage confortable et à très faible émission de gaz à effet de serre. Son idée est ainsi de concurrencer l’avion sur les court-courriers. Si le renouveau des trains de nuit pourrait profiter à un public plus large, d’autres initiatives pourraient à l’inverse rendre le voyage et le tourisme international plus exclusif et inaccessible aux populations moins aisées.


L’incontournable enjeu de rentabilité


Ceci est en effet le second enjeu du tourisme international et des professionnels du voyage : réussir à se transformer et à s’adapter à une demande de plus en plus exigeante en maîtrisant les coûts des investissements que cela engendre. Le choix d’une offre de luxe comme celle des palaces nécessite des engagements financiers importants qui se répercutent logiquement sur le prix final du service. En revanche, le secteur du tourisme ne pourra pas se priver du potentiel chiffre d’affaires que générerait une offre plus abordable pour une population plus étendue. Que ce soit dans les transports ou dans l’hébergement, l’enjeu sera de réussir à capter un public large, mais dont les aspirations en termes d’écoresponsabilité seront tout aussi fortes, le tout en restant rentable. Dans le cas des transports et pour reprendre l’exemple du train de nuit, sa démocratisation potentielle serait une opportunité sérieuse pour favoriser l’accès au tourisme international aux voyageurs qui ne peuvent pas faire le choix de l’ultra-luxe. Il sera cependant nécessaire de maitriser les coûts d’exploitation afin de proposer des prix attractifs et ainsi attirer une population toujours plus nombreuse. La SNCF, en rouvrant la ligne de nuit Paris-Nice en mai 2021, s’est ainsi inscrite dans cette logique en pratiquant des tarifs abordables. Le secteur hôtelier aura davantage de pain sur la planche compte tenu des réorganisations potentielles qui découleraient de cette transition vers des hôtels plus écologiques. La maîtrise des coûts passera notamment par une revue de l’organisation de l’hôtel, voire du groupe, ainsi qu’une transformation plus profonde de son mode de fonctionnement ; on peut évoquer par exemple une revue des fournisseurs pour sélectionner ceux dont l’approche est plus cohérente avec la nouvelle stratégie de la société, ou encore les nouveaux métiers qui pourraient émerger et prendre de l’importance au sein d’une organisation réinventée tels que, par exemple, les responsables du développement durable au sein d’une marque hôtelière. En ce double contexte de crise sanitaire et d’urgence climatique, les acteurs du tourisme mondial traversent une zone d’extrêmes turbulences mais pourraient profiter de cette période de changement pour initier leur mutation et participer à l’avènement du voyage de demain.

Par François Dartout, consultant chez Square.

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