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Le fair-play financier au coeur du football français

Sport Stratégie : hebdomadaire du 30 septembre au 6 octobre 2019

Souvent moqué pour sa compétitivité, le championnat français peine à attirer des joueurs de classe mondiale dans un contexte où les flux de liquidités deviennent de plus en plus importants. Le fair-play financier a encore joué un rôle déterminant dans le cadre du recrutement réalisé par les clubs français.

10 ans plus tard…

Face à la dégradation de la situation financière des clubs de football européens, le fair-play financier a été mis en place par l’UEFA en septembre 2009. L’objectif de l’UEFA étant d’assainir le bilan des clubs en imposant aux clubs un équilibre entre leurs dépenses et leurs revenus.
Depuis 10 ans, la situation financière des clubs a évoluée et le fair-play financier s’appuie principalement sur le ratio « Dettes/Revenus » afin de juger les clubs et ainsi mettre en place des plans de redressement. Aujourd’hui, ce ratio s’élève, en moyenne, à hauteur de 35% contre 65% avant la mise en place du fair-play financier.
Toutefois, ce règlement a mis en difficulté de nombreux clubs au point que ces derniers soient sanctionnés par l’UEFA. On retrouve différents niveaux de sanctions en fonction de la situation du club. Les sanctions peuvent prendre la forme d’une amende, ce qui est le cas de Braga qui a écopé de 20 M€ d’amende en 2015 et du PSG qui a été sanctionné de 60 M€ d’amende en 2017, une interdiction de recrutement comme pour Chelsea qui est privé de recrutement cette année, la réduction du nombre de joueurs inscrit lors d’une compétition européenne comme le Sporting Portugal en 2017 et l’OM pour la saison 2020-2021. La sanction la plus préjudiciable pour un club reste l’exclusion des compétitions européennes comme cela fut le cas pour Malaga en 2013 pour une durée de 3 saisons, l’Etoile Rouge de Belgrade en 2014 et le Milan AC pour cette saison.

L’OM et le PSG dans le viseur du fair-play financier

Le football français, notamment l’OM et le PSG, est mis en difficulté par le fair-play financier. L’Olympique de Marseille connait des difficultés financières depuis de nombreuses années sans arriver à trouver de véritables solutions. L’UEFA et l’OM ont malgré tout réussi à trouver un accord mettant en avant un plan de redressement allant jusqu’en 2023 auquel vient s’ajouter une amende de 6 M€. Ce plan de redressement comprend plusieurs paliers notamment celui de ne plus être en déficit d’ici 2021. L’Olympique de Marseille devra réussir à remplir les exigences du fair-play financier tout en menant à bien son objectif qui est de jouer à nouveau un rôle majeur dans le championnat de France.
Un temps oublié par l’UEFA, le PSG est de nouveau ciblé par le fair-play financier suite aux acquisitions de Neymar et Mbappé en 2017 pour un montant total dépassant les 400 M€. La situation du PSG est scrutée par de nombreux clubs européens qui attendent des sanctions envers le club parisien suite aux pratiques réalisées par ce dernier. En cause, les différents contrats de sponsoring du PSG dont la valorisation est subjective et donc contestable. Le président de la ligue espagnole, Javier Tebas, ira même plus loin en dénonçant les contrats de sponsoring du PSG comme étant de faux contrats afin de dissimuler l’argent provenant de l’état Qatari.

Un été sous haute-surveillance

Le mercato clôturé au 1er Septembre à 23h59 reflète parfaitement la contrainte du fair-play financier pour ces deux clubs.
En effet, l’OM étranglé par sa masse salariale et contraint par le fair-play financier a été très discret sur le marché des transferts cet été en comptant uniquement trois arrivées. Pire, l’OM a failli être en incapacité de boucler le recrutement de sa dernière recrue, à savoir Valentin Rongier. En effet, durant les dernières heures du mercato, le néo-marseillais a été contraint de repartir à Nantes suite à un désaccord entre les deux clubs concernant un pourcentage de revente reversé au club nantais lors d’une future vente du joueur par l’Olympique de Marseille. Cet élément peut correspondre à un détail pour un club ayant une bonne santé financière mais il représente un véritable enjeu pour une équipe comme l’OM dans le viseur du fair-play financier. Le FC Nantes et l’OM trouveront finalement un accord dès le lendemain pour transférer le joueur en tant que joker.
Le Paris Saint-Germain a, quant à lui, été préoccupé durant tout l’été par l’avenir de Neymar. En effet, le joueur en provenance du FC Barcelone en 2017 pour un montant de 222 M€ souhaitait absolument repartir en catalogne. Toutefois, le poids du fair-play financier a rendu cette transaction impossible. En effet, de nombreux clubs tels que le Real Madrid, la Juventus et le FC Barcelone ont semblé être intéressés par le joueur. Toutefois, seul le FC Barcelone a formulé une offre concrète et a réussi à trouver un accord avec le PSG afin de ne pas payer l’intégralité du transfert en liquidité via une proposition comprenant 130 M€ accompagnés de l’acquisition de Rakitic et Todibo et du prêt de Dembélé.
En ce qui concerne les arrivées, le PSG n’a pas fait de folie cette année en dépensant moins de 100 M€ pour 9 joueurs. Le PSG a favorisé les prêts et l’acquisition de joueurs en fin de contrat. On notera l’arrivée de Mauro Icardi lors des dernières heures du mercato sous forme de prêt payant à hauteur de 5 M€ accompagné d’une option d’achat s’élevant à 65 M€. Ce montage financier permet au PSG de se renforcer tout en restant dans les clous du fair-play financier.

La mise en place du fair-play financier n’aura pas eu de réel impact sur le football français si ce n’est de limiter les investissements du PSG. Les revenus extra-sportifs tels que les droits télévisés en Premier League maintiennent le fossé entre le championnat français et les autres grands championnats européens.
Toutefois, le fair-play financier s’est avéré être un avantage inattendu pour le PSG qui a pu conserver Neymar cet été et permettre ainsi au football français de continuer à développer son attractivité dans une période où les flux de liquidités n’ont pas de limites.

Par Charles-Edouard Monfraix, consultant Square