Lutte contre la fraude et protection des données : un dilemme pour l’Etat ?

Journal du Net – le 15 mai 2020 :

L’article 154 du projet de loi de finances de 2020 autorise les administrations fiscales et douanières à collecter nos données personnelles disponibles sur internet, et à les exploiter dans le but d’identifier des fraudes. Promulguée en décembre 2019, c’est une première pour la France, où la sécurité des données a toujours été une priorité.

Cette lutte est un sujet sur lequel investit l’Etat depuis 2014, notamment avec l’embauche de data scientists, pour croiser de nouvelles sources de données, mieux exploiter les informations mises à disposition et de mieux appréhender des données toujours plus volumineuses. L’an dernier, dix milliards d’euros ont été récupérés par l’Etat grâce à ces équipes, l’enjeu est donc considérable. On peut donc se demander si la priorisation de cette lutte se fera-t-elle au détriment de notre vie privée sur les réseaux sociaux ? Que ce soit la montre que l’on vend sur Leboncoin, la photo de notre bolide sur Instagram… Devrons-nous justifier toutes ces publications auprès de l’Etat pour ne pas être perçu comme un fraudeur ?

Données massives et réglementation actuelle

Après les multiples scandales qui ont éclatés au sujet de l’exploitation de nos données personnelles, à l’instar de l’affaire Cambridge Analytica, nous savons que de grands acteurs les utilisent. Et ce avec notre accord qu’ils obtiennent par les conditions d’utilisation : ils peuvent ainsi conserver certaines de nos données personnelles et tout ce que nous communiquons chaque jour. En effet, chaque “Like” ou “Partage” d’une publication de nos influenceurs préférés est une source d’informations sur nous-même, récupérée et analysée par les sites pour nous cibler.