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Quelles seraient les conséquences d’une sortie de la Catalogne de l’Espagne ?

Les Echos – 22 septembre 2017

Que se passerait-il, pour la Catalogne, l’Espagne et l’Europe, si la région ibérique devenait autonome ?

La volonté de la Catalogne de devenir indépendante ne date pas d’hier. Cette région espagnole, qui jouit du statut de communauté autonome, avait déjà revendiqué son indépendance vis-à-vis de l’Espagne après une consultation publique en 2014. Près de 80,7 % des deux millions de votants souhaitaient quitter le royaume espagnol. Bien sûr, Madrid jugea ce référendum illégal et engagea des poursuites contre Arthus Mas, à l’époque président de la Generalitat.

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Quand la communication devient politique

Les élections législatives sont déjà terminées que nous avons à peines le temps de réaliser : le pays vient de complétement bouleverser son paysage politique. Pourtant, ce changement était prévisible. Depuis les 30 dernières années, le clivage des partis politiques introduits par l’alternance droite-gauche puis gauche-droite s’est intensifié. Une rupture naturelle vient de trancher au centre. Ainsi nous venons d’élire le plus jeune des présidents français dont le parti détient la majorité absolue au gouvernement.

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Macron, licorne de la politique française ?

La Tribune – 9 mai 2017 :

Emmanuel Macron a redistribué les cartes de la communication politique en se basant sur les codes des digitals natives.

Qu’est-ce qu’une licorne ? Ce terme fantasque et décalé désigne les start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars et qui par leur histoire, signent l’apparition d’un phénomène émotionnel venant briser les codes institutionnels classiques. Selon Aileen Lee, à l’origine du terme, « Le terme romance l’histoire des entreprises technologiques: il les fait passer de quelque chose de lointain et de compliqué à quelque chose de magique et même sympathique, tout en étant rare et puissant« . Culture Geek, proximité avec les utilisateurs, émotion et storytelling définissent les licornes du digital. Qu’en est-il de la politique ?

Il va s’en dire que cette campagne a marqué l’émergence de figures nouvelles, en rupture avec le système politique classique scindé entre une droite ruinée par les affaires politiques et une gauche dont le message politique devient inaudible. Au milieu de tout cela, figure un homme, qui a su, au travers l’implantation de nouveaux codes communicationnels, transcender la scène politique et parvenir aux portes de l’Elysée désormais. Peut-on ainsi parler d’une Licorne Macron ou assistons-nous simplement à une évolution de la vie politique française ? Retour sur un phénomène.

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A l’heure du brexit, l’élargissement continue

Le Royaume-Uni devrait initier prochainement les négociations de ses modalités de sortie de l’Union Européenne. La chef de l’état britannique a annoncé qu’elle souhaitait débuter le processus de sortie fin mars 2017.

Cette actualité et ses conséquences négatives sur l’image de l’UE feraient presque oublier que la construction européenne se poursuit au travers d’un élargissement potentiel.

En effet, à l’heure des négociations de sortie britanniques, 6 pays sont toujours officiellement candidats à l’entrée dans l’UE. Si l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, et la Macédoine n’ont pas commencé les négociations, la Turquie, le Monténégro et la Serbie négocient leurs conditions d’entrée depuis respectivement 2005, 2012 et 2014.

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Le désaveu actuel des organisations envers le Lean Six Sigma est-il justifié ?

Aujourd’hui, le constat est fait que près de 70% des firmes françaises ayant utilisé la méthode Lean Six Sigma considèrent que les résultats escomptés n’avaient pas été atteints, remettant ainsi en cause l’efficience de la méthode. De plus, plusieurs études comme celles de l’ATECID ont révélé que près de 40% environ des initiatives Six Sigma dans les entreprises n’atteignaient pas les résultats attendus. Pourquoi autant d’implémentations LSS (Lean Six Sigma) échouent-elles? Pourquoi autant de scepticisme de la part des organisations envers ce qui a été l’une des méthodologies les plus vulgarisées et les plus utilisées ces dernières décennies ? Quels sont ainsi les principales causes d’échec des implémentations LSS de nos jours, et qui par conséquent attisent le scepticisme actuel des organisations envers cette méthodologie ?

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Trump, reculer pour mieux chuter ?

Les Echos – 21 avril 2017 :

La quête de la grandeur perdue (#MAGA). Annonce d’une politique de grands travaux, retour à un capitalisme fossile, dérégulation des activités financières…

Au vu des discours de Donald Trump, la grandeur américaine remonterait aux années 1950’s ou 1960’s. À cette époque, l’American Dream faisait toujours « rêver » et l’American way of life s’exportait plus que bien. À moins que Trump ne leur préfère les années 1980’s, période qui vit élire Reagan, figure admirée de l’actuel président américain, et où Wall Street semblait à son paroxysme.

En se concentrant sur le retour à cette grandeur soi-disant perdue (son ex-concurrente dans la course à la Maison-Blanche n’était pas de cet avis), Donald Trump semble avoir toutefois « oublié » quelques points non négligeables.

Au sein des États-Unis, c’est l’image même du self-made man – made in America – qui s’est ternie. Alors que l’American Dream vantait la réussite permise à n’importe quel citoyen déterminé et travailleur (non contraint par une quelconque loi fédérale, qui, par nature, serait nécessairement restrictive aux libertés individuelles), aujourd’hui, 90 % des Américains se partagent moins d’un quart des richesses de leur pays. Dans ses discours de campagne électorale, Donald Trump semblait ne pas oublier ces classes populaires qui n’avaient pas ou peu profité des périodes fastes pré-2008, mais qui avaient souffert du revirement de situation économique post-crise financière.

Aujourd’hui, les États-Unis sont ce pays développé où des milliers de personnes font la queue dans des gymnases, reconvertis à l’occasion, en vue de bénéficier de soins dentaires, ophtalmologiques… faute d’assurance santé. Pourtant, une des premières décisions de l’actuel président américain fut de signer un décret allant à l’encontre de l’Obamacare, mesure prise par le précédent gouvernement et visant à faciliter l’accès à une assurance maladie pour tout citoyen américain. Les enjeux sociaux des États-Unis ont d’autant plus changé que les inégalités de revenu et de richesse sont allées en s’accroissant depuis la fin des années 1970. Ce contexte social s’inscrit dans un nouvel environnement où les aspects économiques, géopolitiques, financiers et écologiques ont profondément changé.

Le choix d’une politique isolationniste ayant pour but de redonner aux États-Unis leur grandeur d’antan, sans s’inscrire dans un schéma global, semble aujourd’hui peu réaliste. Même aux temps affectionnés par Donald Trump, les gouvernements des États-Unis affichaient leur volonté d’être influents, et donc présents dans le reste du monde tant sur le plan économique que politique, comme peuvent en témoigner Coca-Cola et McDonald’s. Depuis 1971, la balance commerciale des États-Unis n’est plus excédentaire. M. Trump peut défier la Chine et le Mexique (classés respectivement premier et troisième des pays fournisseurs des États-Unis), que ce soit en critiquant la politique militaire et des changes pour l’un, en promettant la construction d’un mur et en dénonçant l’ALENA pour l’autre.

Le fait est que les États-Unis n’ont pas la capacité de vivre en autarcie. Qui plus est, en défendant une politique protectionniste et en se séparant de ses principaux partenaires, il est fort probable que les exportations américaines se retrouvent, elles-mêmes, mises à mal. Sur le plan militaire, Donald Trump peut bien critiquer l’OTAN. Cette organisation a clairement participé à faire des États-Unis un « ami » incontournable du monde occidental. En déclarant vouloir surpasser tous les pays détenteurs de l’arme nucléaire, M. Trump craignait-il de devoir se préparer à un nouvel ordre mondial ?

Les États-Unis furent le pays symbole d’un secteur financier en plein délire. Le réveil fut douloureux après chaque crise – surtout après la dernière -, qu’à cela ne tienne, l’expérience était trop bonne (pour les initiés uniquement). Remettre ça en cassant la régulation, telle serait la solution. En affichant sa volonté de démanteler le Dodd-Frank Act, présenté comme un frein à la croissance américaine, Donald Trump chercherait à défendre les intérêts de sa nation. Peu importe que la réglementation ait pour objectif de promouvoir la stabilité financière, de protéger le consommateur ou encore d’éviter le recours au contribuable pour renflouer le secteur financier.

Sur le plan écologique, Donald Trump peut bien faire fi des enjeux décriés par la communauté scientifique. Du temps où les États-Unis étaient au sommet de leur grandeur, les questions environnementales ne préoccupaient pas l’opinion publique. Feindre d’en ignorer les conséquences, être climatosceptique pour ne pas reconnaitre qu’une partie des actifs immobiliers détenus par l’Empire Trump, en Floride particulièrement, risquerait de se trouver noyée (au sens propre comme au sens figuré) par une probable montée des eaux, semble judicieux : une partie de sa fortune pourrait voler en éclat. L’apparition d’une bulle relative à des actifs financiers liés à des biens immobiliers survalorisés résonne comme un refrain trop connu.

Depuis la seconde moitié du 19e siècle, la globalisation s’est accentuée : les échanges commerciaux, mais aussi les enjeux économiques sont devenus internationaux. Les problèmes écologiques ne s’arrêtent pas aux frontières, de même que les crises financières et conséquences des conflits géopolitiques. Si le but des politiques de Donald Trump est de rendre aux États-Unis leur grandeur, cet objectif fait référence à une période passée (à supposer que cet Eldorado ait un jour existé). De ce fait, comment appliquer des politiques tirées d’un schéma obsolète ?

Sur certains aspects, les choix de Donald Trump semblent toutefois rompre avec l’ambition d’un retour dans le passé. En effet, pour ce qui est d’entretenir un nouveau climat de relation avec la Russie (ancien pays ennemi des États-Unis), de critiquer les médias, de choquer et inquiéter ses pays voisins et alliés, Trump qui, en voyant sa cote d’opinion négative devenir majoritaire au bout de 8 jours seulement passés en tant que président a réussi à battre un nouveau record (Le Monde 14/02/2017) – semble bien décider à aller de l’avant.

Par Juliette Guerin consultante en risque management du cabinet VERTUO Conseil 

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2017/02/14/les-debuts-difficiles-de-donald-trump-dans-l-opinion-publique_5079618_3210.html

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La course au digital dans le secteur associatif

Les Echos – 21 avril 2017 :

De nombreuses associations ont été créées après la 1re Guerre mondiale et seront donc l’année prochaine centenaires : ce vieillissement est une alerte au renouvellement. Le secteur associatif est en constante évolution, notamment grâce aux outils digitaux qui s’imposent petit à petit dans les habitudes de fonctionnement des associations.

On reçoit encore de nombreux courriers d’associations, mais les sollicitations commencent à être innovantes : publications sur les réseaux sociaux, emails, newsletters, bannières web, et maintenant même la possibilité d’obtenir un dossard en ligne, pour participer à une course comme le Marathon de Paris ! Comprenons pourquoi les associations s’inscrivent dans cette transformation à travers cette enquête sur la course au digital dans le secteur associatif.

Effervescence autour des courses telles que le marathon de Paris, le principe des courses challenge

En France, de nombreuses personnes ont déjà obtenu leur dossard à des courses mythiques telles que le Marathon de Paris grâce à une association. Le « charity running » se démocratise en France grâce à la technique du « peer-to-peer » qui consiste à collecter auprès de son entourage un montant précis de dons pour obtenir un dossard. Le futur coureur s’inscrit en ligne, crée une page de collecte et partage le lien auprès de son entourage : une validation virtuelle lui permet de décrocher son dossard une fois l’objectif atteint.

Deux leaders sur le marché proposent aux internautes de décrocher des dossards solidaires : Alvarum et iRaiser. Partenaires des plus grandes associations comme la Croix Rouge, Médecins du Monde ou encore la Ligue contre le cancer, mais également de plus petites associations, elles constituent une véritable opportunité pour toutes les associations de se démarquer, d’exister dans cette sphère digitale et de pouvoir communiquer différemment. Les associations ont quelque chose à apporter « en échange » des dons des internautes. Le côté ludique est complètement présent : il devient amusant et plaisant de faire un don. Ce sont en général la famille et les amis du coureur qui effectuent les dons sur sa page, ils peuvent ainsi l’encourager, le soutenir en lui montrant leur engagement sincère.

Un véritable lien se crée alors sur une page Internet entre le coureur, son entourage et surtout l’association choisie. C’est également l’occasion pour une entreprise de fédérer ses employés autour d’une cause : en créant des groupes de coureurs, l’entreprise favorise la cohésion d’équipe, la notion de partage et met en avant les valeurs qu’elle véhicule. En parallèle, c’est un moyen pour l’association d’obtenir davantage de soutien.

En Angleterre, la collecte de fonds évènementielle séduit depuis 1981 : plus de 600 M de livres ont été collectés à l’occasion du Marathon de Londres. Nous sommes loin de ce résultat en France, mais l’espoir est bon : plus de 20 M d’euros ont notamment été collectés sur Alvarum depuis 2008. Ce concept novateur séduit les internautes, en recherche de transparence de la part des associations et fondations.

Se digitaliser pour se moderniser et séduire de nouvelles cibles

Même si le courrier reste l’une des principales ressources des associations, grâce aux « bons de soutiens » renvoyés, il est devenu nécessaire pour celles-ci de se « digitaliser » pour continuer à séduire les nouvelles générations, beaucoup moins sensibles au courrier et à l’envoi postal d’un chèque.

Aujourd’hui, le site Internet d’une association ne suffit plus : l’internaute veut que l’on vienne à lui, qu’on le sollicite, qu’on lui apporte les informations avant même qu’il ne les ait demandées. Les associations sont en train de comprendre qu’elles doivent multiplier les points de rencontre sur Internet : bannières web, abonnement à des newsletters, retargeting, pop-up et autre publicité ciblée (SEM : Search Engine Marketing), mais le processus est compliqué : pour publier du contenu digital et sensibiliser une cible différente il faut être armé et bien entouré.

Les associations doivent aujourd’hui recruter de nouveaux profils dans leurs équipes afin de les accompagner dans cette transformation. Un « digital native » par exemple, pour gérer leur compte Facebook et construire une stratégie digitale adaptée, tout en prenant soin de respecter les chartes associatives et les politiques internes.
En choisissant d’opter pour des approches différenciantes du digital, les associations choisissent la voie de la modernité, elles se rapprochent d’un public à qui elles ont peu l’habitude de s’adresser.

Il peut être difficile de sensibiliser un jeune individu : celui-ci peut penser qu’il n’a pas assez de moyens, mais c’est là que le digital entre en jeu : en envoyant une newsletter, on peut déjà faire passer un message : le fait qu’aider une association ce n’est pas seulement donner de l’argent, cela peut être aussi donner de son temps par exemple. Un emailing peut effectivement l’expliquer en proposant à l’internaute de participer à l’organisation d’un vide-grenier solidaire. Cette technique permet à l’association de ne pas le brusquer, de ne pas entrer dans son espace privé, mais de le toucher par le biais d’un canal qu’il utilise, qu’il consulte. Le côté « association demandeuse d’argent » s’estompe alors, au profit d’une image plus moderne, plus concrète même : en venant donner un coup de main un week-end, on a véritablement la sensation d’aider. Et tout cela, grâce à un email.

Se moderniser pour fidéliser

En utilisant ces techniques plus modernes, les associations créent un lien avec leur cible. Elles se positionnent comme un élément incontournable de leur univers en créant des rendez-vous via une newsletter mensuelle par exemple. Ce point de contact peut être essentiel s’il est utilisé à bon escient : communiquer sur les missions qu’on réalise au quotidien, informer les internautes de l’utilisation de leurs dons, proposer une rencontre dans les locaux de l’association pour échanger sur les projets sont tout autant de techniques qui permettent de fidéliser un internaute, intéressé par la cause.

Pour revenir au concept des courses solidaires, si le collecteur est à nouveau sollicité sur des sujets concrets et pertinents pour lui, nul doute qu’il aura envie de s’investir davantage au profit de cette association par différents biais : soit en courant à nouveau, soit en faisant un don, soit en devenant bénévole… La digitalisation aura amené une forme de ludisme à ces nouveaux engagements, entrainant alors une fidélisation naturelle, ce qui ne peut que satisfaire les associations et notamment leurs objectifs.

Les outils de communication digitaux permettent donc aux associations d’augmenter leur présence et de sensibiliser de nouveaux donateurs, tout en les fidélisant. Cet écosystème digital qui crépite autour des associations est un moyen efficace pour lutter frontalement contre la maladie, la pauvreté, l’isolement ou encore l’injustice. Qu’en sera-t-il d’ici les prochaines années ? Peut-être pourrons-nous directement agir dans une école en Afrique via une application reliée à un centre ? L’usage de la réalité augmentée permettra-t-il bientôt de comprendre comment s’impose une cellule cancéreuse dans notre corps ?

Quel est l’écho d’un point de vue entreprise ? Les associations, en tant que nouvel acteur du digital, sont en voie d’apporter un nouveau souffle au dynamisme entrepreneurial : pour vendre, il est nécessaire aujourd’hui d’afficher ses valeurs. Le lien entre association et entreprise va donc devenir évident : nouvelles formes de soutiens, nouveaux types de paiements, création de nouveaux modèles également. Ce nouvel état d’esprit va sans doute permettre la création d’un lien inéluctable qui, en plus de soutenir la cause associative, nous en sommes convaincus, apportera un vent de fraicheur au service de l’innovation digitale.

Par Julie Maillard consultante senior du cabinet ADWAY

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Le management par l’empowerment ou comment (re)trouver de la performance dans son organisation

Les Echos – 21 avril 2017 :

Grâce aux initiatives des entreprises et administrations qui mettent en pratique le management par l’empowerment, les données récoltées nous permettent d’évaluer l’impact positif de ce mouvement sur la performance.

En effet, dans ces organisations, d’après les chiffres du ministère belge de la Sécurité sociale, les employés sont 2 fois moins malades, 6 fois moins absents, 55 % plus innovants, 20 % plus performants et 9 fois plus loyaux.

Pour Éric Albert, auteur de l’ouvrage « Partager le pouvoir, c’est possible », les structures qui ont adopté le management par l’empowerment ont connu 20 % de performance et de croissance supplémentaire en moins de 6 mois.
Par ce mode de management, les organisations favorisent les poches d’innovation et sont donc plus agiles pour affronter les retournements de marchés et s’adapter aux évolutions sociétales.

De plus, les structures qui font confiance à leurs collaborateurs résistent mieux en période de crise que leurs concurrents, qui adoptent un management plus classique donc plus rigide.

Depuis une dizaine d’années, des entreprises et des administrations adoptent progressivement pour partie ou totalement de nouveaux modes d’organisations. En effet, on a vu des principes émerger comme l’intelligence collective, le management participatif, l’entreprise libérée ou encore le management par la confiance. D’abord théorisés, ces principes ont été également expérimentés auprès de certaines entités.

Depuis 2011, Michelin expérimente auprès de 1500 salariés « l’organisation responsabilisante » (OR) qui vise à redonner plus d’autonomie et de responsabilité aux salariés. Ils prennent spontanément et directement les décisions sur la chaine de production, transformant les managers en coach. Les collaborateurs Michelin trouvent désormais d’eux-mêmes des modes opératoires plus efficaces, plus rapides et plus performants que ceux prescrits par les fonctions supports.

D’autres entreprises comme Auchan, Kiabi, Maif, Airbus ou des services de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie mènent également, depuis quelques années, des expérimentations afin de responsabiliser les équipes.

Le management par l’empowerment vise à s’affranchir des éléments de contrôles omniprésents en permettant aux équipes de s’organiser par elles-mêmes. Attention, l’anarchie et le chaos ne doivent pas pour autant prendre le relais. Pour ce faire, il est indispensable de borner le champ de liberté en fixant les limites et de maintenir l’autorité. En somme, cela vise à repartir de règles simples, compréhensibles par tous et génériques sans tomber dans la procédure détaillée voulant contrôler chaque action.

L’assureur mutualiste américain USAA laisse chacun de ses 30 000 collaborateurs prendre le temps nécessaire, parfois plusieurs heures, pour répondre à chaque demande client sans suivre un canevas de réponses préétablies.

Un quart des effectifs est en permanence en formation afin d’acquérir les notions juridiques, financières et économiques. Grâce à ces formations, le personnel de USAA a les moyens d’apporter une réponse pertinente à toute typologie de requêtes. Hormis quelques rares exceptions, les demandes sont traitées par le même opérateur de bout en bout.

Résultat, cette entreprise est numéro un des services clients aux États-Unis depuis 2002 et a multiplié son résultat net par deux entre 2007 et 2014.

Pour parvenir à responsabiliser les collaborateurs, un travail préliminaire sur le sens de l’engagement est indispensable. L’objectif vise à préciser clairement avec les salariés la mission de l’entreprise, du service ou du département. Expliquer le comment ne permet pas un engagement plein et entier des collaborateurs. Les responsables d’équipes doivent plutôt démontrer le pourquoi de leur engagement : les missions à accomplir, le rêve commun poursuivi, les objectifs à atteindre, les limites qui bornent l’espace de liberté…

Interrogée sur le sujet, Lydia Feghloul – spécialiste en transformation des organisations, développement des politiques RSE et en ESS – nous confirme que pour arriver à de tels niveaux d’engagement des équipes et d’amélioration de la performance, il ne suffit pas de décréter que l’entreprise va « se libérer » en faisant sauter quelques strates et en permettant aux salariés de s’autogérer.

D’une part, parce que depuis les années 70 les sociétés sont d’abord et prioritairement l' »instrument des actionnaires qui la possèdent » comme l’indique M. Friedman, mettant ainsi au premier plan le retour sur investissement financier et leurs intérêts ; en occultant que la ressource première d’une entreprise est son capital humain. D’autre part parce que les modèles d’organisations des sociétés composées d’une multitude de strates ont permis de noyer la responsabilité des salariés et des managers.

Dans ce contexte, il est facilement compréhensible que peu de collaborateurs se sentent impliqué(e)s et se retrouvent dans le projet collectif de l’entreprise, et aient envie de prendre plus de responsabilités.

On touche ici à des points majeurs relatifs à la question de la gouvernance des organisations, à la création de projets collectifs, partagés, et porteurs de sens, au management des organisations, à la gestion des compétences, à l’impact des projets sur et avec les parties prenantes…

Le développement des politiques RSE – encore trop souvent perçu par les entreprises comme une contrainte légale et destinée à limiter les répercussions des activités de l’entreprise (économiques, sociales et environnementales) – doit aussi être un moyen de donner une place et du sens aux salariés au sein des organisations.

Ce n’est pas l’organisation taylorienne, avec son modèle de travail à la chaine qui a réduit la performance, c’est l’absence de sens et de projets d’entreprise dans les organisations.

En somme, bénéficiaire des modes d’organisation traditionnels, type Taylor ou Lean Management, il ne tient qu’à nous d’adopter un mode d’organisation nouveau et adapté au monde d’aujourd’hui. Qui n’a pas rêvé d’avoir des collaborateurs dignes de confiance, qui sont à la fois engagés, plus performants et plus créatifs ? Le « management par l’empowerment » est une des réponses à la fois structurelle et pérenne. Nous pouvons retrouver très rapidement de nouvelles sources de performance et des relais de croissance et cela même en période de récession économique.

Par David Fernandez Riou, Senior Manager du cabinet Tallis Consulting

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Danone acquiert le géant américain WhiteWave : un rachat de plus ou une transformation de fond ?

Les Echos – 20 avril 2017 :

Autorisé par l’Union européenne après une année de négociations, le rachat par Danone du géant du lait bio et végétal WhiteWave catapulte ses parts de marché à un niveau jamais atteint aux États-Unis. Une transformation tout aussi riche sur le positionnement marketing que sur le fond éthique de la marque, aux USA comme en Europe.

WhiteWave, la toute nouvelle acquisition par Danone du géant américain du lait bio et végétal, vient considérablement renforcer le positionnement de la marque, en Amérique du Nord tout comme en Europe. Avec 22 % de parts de marché, cette acquisition de 11,3 milliards de dollars propulse Danone aux USA au rang de champion. Danone se hisse ainsi dans le top 15 des entreprises food & beverage.

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Quand football et Big Data font bon ménage

Les équipes de football disposent de plus en plus de données disponibles sur elles-mêmes et sur les équipes adverses. Les nouvelles technologies ont permis aux équipes de passer de quelques indicateurs par match à plusieurs centaines nécessitant l’intervention du Data Analyst pour l’exploitation des données à grande échelle.

Le football avant l’arrivée des nouvelles technologies mais ça c’était avant…

C’est au cours de la période d’entre-deux guerres que sont apparues les premières mesures de la performance dans le football. Au milieu des années 30, un anglais répondant au nom de Charles Reep est le premier à avoir récolté des statistiques pendant les matchs.

Pour se fournir en data, il s’équipe alors d’un carnet et d’un stylo, puis suit les matchs des tribunes. Il comptabilise le nombre de ballons touchés par joueur, le nombre de centres, de tirs, et la rumeur dit même qu’il comptait les foulées des joueurs pour estimer les distances parcourues.

Il lui faudra plusieurs années et l’analyse manuelle de 500 matchs pour mettre en lumière un nouveau système de jeu qui se diffusera dans le football britannique: le kick and rush.

En effet, Charles Reep constate lors de l’analyse de ces 500 matchs que 50% des buts marqués par une équipe proviennent de ballons récupérés dans la surface de réparation adverse, et que 90% des équipes perdent la balle après trois passes.

Jonathan Wilson, auteur d’une histoire de la tactique (Inverting the Pyramid) écrira au sujet de l’analyse de Charles Reep : « Son diagnostic, c’est que le football de possession est contre-productif. Il incite donc à sauter les phases de construction pour délivrer de longs ballons à destination des ailiers, restés positionnés très haut sur le terrain, collés à la ligne de touche. »

Mr Reep avait vu juste, l’analyse de la performance a toute sa place dans le football.

Plus récemment, au début des années 2000, l’entraineur du club de base-ball des Oakland Athletics avait lui aussi décidé de faire appels aux statistiques pour diriger son équipe qui souffrait d’un handicap financier important par rapport aux autres équipes du championnat. Grâce à un usage poussé des statistiques, le club a découvert des joueurs sous-évalués par le marché et a pu construire une équipe performante à moindre coût.

L’équipe réalisera une performance de haut niveau cette année-là, à tel que point que cette histoire fera l’objet du film Le Stratège (Moneyball en anglais) avec Brad Pitt dans le rôle du manager Billy Beane.
Heureusement, pour les amoureux du sport avides d’analyse, l’informatique et les nouvelles technologies ont décidé d’être de la partie.

De nouvelles analyses sont possibles aujourd’hui grâce au BIG DATA

Grâce aux avancées technologiques, les analystes et les sportifs ne disposent plus uniquement des nombres de ballons touchés ou des distances parcourues qui n’étaient pourtant pas simples à obtenir au siècle dernier. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de récolter des données liées à la transpiration, aux rythmes cardiaque et respiratoire via des capteurs physiologiques miniaturisés. D’autres données, fournies par les capteurs intégrés aux protège-tibias des joueurs et les caméras, permettent de connaître les distances parcourues, les vitesses de course, et d’analyser les trajectoires ou encore la géométrie du jeu.

Le problème aujourd’hui n’est plus de savoir comment récolter ces données. C’est le cas de certains entraineurs comme Christian Gourcuff : « Aujourd’hui, on a trop de données, le tout est de savoir comment on les classe pour en tirer une signification. Sinon on fait n’importe quoi. »

Les équipes de football se sont retrouvées noyées dans cette masse d’informations et certaines d’entre elles comme l’équipe d’Allemagne qui a gagné la coupe du monde 2014, ou l’équipe anglaise de Leicester qui contre toute attente a remporté le dernier championnat d’Angleterre, ont été les précurseurs dans l’utilisation d’outils d’analyse de la performance dans le football.

Cette équipe de Leicester City exploite les données récoltées afin de faire de la modélisation prédictive. Ces modèles lui permettent d’obtenir de précieux indicateurs tels que le niveau de fatigue des joueurs ou le risque de blessure qui sont très importants dans la gestion de l’effectif.

En plus de pouvoir analyser d’importantes quantités d’informations, les logiciels Big Data permettent aux équipes d’obtenir ces analyses en temps réel, c’est-à-dire pendant que le match se joue.

Pour mieux comprendre la vitesse d’analyse de ces outils, nous pouvons regarder l’utilisation qui en est faite dans un sport demandant une très grande réactivité, la Formule 1.

Aujourd’hui, ces analyses donnent la possibilité aux pilotes d’effectuer une centaine d’ajustements subtils pendant la course leur permettant de gagner quelques importantes dixièmes de secondes à chaque tour.

Le data analyst, entraîneur de demain?

Du fait des bons résultats des équipes pratiquant l’analyse de la performance, de plus en plus d’équipes de football cherchent aujourd’hui à s’attacher les services d’un Data Analyst, voir de créer une cellule d’analystes.
En effet, comme nous l’avons vu avec l’exemple de la Formule 1, la puissance de calcul des outils Big Data permet à l’analyste de faire des suggestions à l’entraîneur pendant le match. De véritables outils d’aide à la décision.

Tous les clubs de football seront bientôt envahis par les data analyst qui devront se contenter d’assister l’entraineur dans sa prise de décision. Le football ne connaîtra jamais d’entraîneur « électronique » pour la simple raison que le sport est pratiqué par l’humain, et que celui-ci a une part d’imprévisible.

Le duo entraîneur / data analyst doit être le juste équilibre entre subjectivité et objectivité, entre l’intuition d’un entraîneur expert en football et un data analyst qui saura faire parler les statistiques pour optimiser le jeu de l’équipe.

Par Saïd El Ghouizy consultant Senior du cabinet ADWAY