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Un nouvel outil de pilotage exigeant pour la BCE

AGEFI – 13 septembre 2018 :

Lorsque Lehman Brothers a fait faillite en septembre 2008, elle disposait de plus de 600 milliards de dollars d’actifs mais personne ne savait, y compris les régulateurs et les banques centrales, quel volume de junk bonds (« obligations pourries » avec un haut taux de risque) elle détenait. Les chiffres étaient agrégés, entravant le travail d’analyse d’exposition au risque et empêchant la propagation de la crise. Les conséquences innombrables et catastrophiques de cette faillite ont conduit le Comité de Bâle à agir en déployant de nouvelles mesures. En janvier 2013 est publié le BCBS 239 (Basel Committee on Banking Supervision), un ensemble de principes incitant les banques à produire des reportings réglementaires plus fiables et à améliorer la qualité de leurs données.

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Renforcer le lobbying européen

Les Echos – 27 avril 2017 :

À l’heure du Brexit et du Trumpisme, l’Europe et ses banques doivent protéger leurs intérêts dans les discussions avec le Comité de Bâle.

Depuis presque 10 ans, après une des plus grosses crises financières mondiales, les réformes réglementaires se succèdent à un rythme effréné et semblent commencer à porter leurs fruits. D’un revers de main, Monsieur Trump pense tout balayer. À l’heure où le cadre réglementaire de demain s’écrit, l’Europe se trouve face à ses responsabilités et doit apprendre à défendre ses intérêts.

Depuis novembre 2011, le FSB, Financial Stability Board, livre chaque année la liste des grandes banques systémiques. Il s’agit des célèbres banques « too big to fail », trop grosses pour tomber. Autrement dit, la faillite d’une de ses banques mettrait à mal le système bancaire international, mais également l’économie mondiale. Suite à la chute de Lehman Brothers et preuve à l’appui que leur taille n’est pas un rempart contre la faillite, elles doivent en réalité être d’autant plus surveillées. Dans la dernière liste publiée en novembre 2016 par le FSB, sur les 30 banques systémiques, dix sont américaines, 13 européennes et 7 asiatiques. À eux deux, l’Europe et les États-Unis représentent trois quarts du risque systémique mondial.

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2017, cru de la maturité prudentielle ?

Les Echos – 4 janvier 2017 :

La BCE avait dévoilé fin décembre son programme au titre de la supervision bancaire, un programme sans surprise dans la lignée de l’année écoulée, signe d’une certaine maturité dans son approche. Mais ce programme demeure d’autant plus chargé que l’actualité financière maintient l’état d’urgence pour au moins deux banques européennes majeures.

Car si le coup de chaud de Deutsche Bank semble apaisé après la signature d’un accord avec les autorités américaines pour le rôle tenu dans la propagation de titres RMBS (des actifs immobiliers impliqués dans la crise des subprimes), d’autres dossiers semblent perdurer (en Russie et en Chine) et font planer une menace sur de nouvelles provisions exceptionnelles, alors même que demeure la question épineuse de la solvabilité fondamentale d’une banque qui n’a plus connu les profits depuis 2014. Cette situation tend à rendre la mobilisation de la BCE pour accompagner une sortie de crise d’autant plus remarquable que le jeu politique qui l’accompagne est complexe.

Complexe, mais sans doute moins que le plan de quasi-résolution préventive mis en oeuvre pour l’établissement italien Monte dei Paschi di Siena. Avec pourtant un besoin en fonds propres évalué à près de 9Md EUR et des réserves de liquidité de court terme très amoindries ces dernières semaines, il semblait acquis que les mécanismes de résolution établis dans la directive BRRD allaient s’appliquer. Or pour l’heure, c’est principalement l’État italien qui va finalement s’engager en rachetant l’essentiel des obligations subordonnées, qui seront converties en actions puis à nouveau transformées en titres séniors non éligibles à la résolution (bail-in). L’État italien a beau jeu de contester sur la forme les sommes annoncées par la BCE, il n’en reste pas moins que sur le fond ce n’est que maintenant qu’il commence à passer à l’action pour redresser sa 4e banque.

Il faut en effet garder en tête que le problème est plus large que la seule situation de MPS : c’est en réalité l’ensemble du secteur bancaire italien qui est en péril avec plus de 300Md EUR de créances dites non performantes. Et cet aspect, la BCE l’a bien en tête comme en témoigne le communiqué de presse annonçant ses priorités 2017 et son plan de supervision.

Lucide sur les facteurs de risque qui fragilisent les économies et les organisations financières, au premier rang desquels figurent désormais un très haut niveau d’incertitude géopolitique combiné à un important risque de faille dans la cybersécurité, la BCE procèdera à 3 grandes revues des institutions.

La première fait écho à la croissance atone des pays européens malgré une stratégie de taux bas et à la remise en cause de la croissance de certains pays émergents (Chine, Amérique du Sud, etc.) habituellement porteurs de débouchés pour les économies européennes. Les Joint Supervision Teams (JST) de la BCE auditeront le profil de rentabilité intrinsèque de chaque structure systémique et benchmarkeront le niveau d’exposition à la concurrence de nouveaux acteurs issus de l’économie digitale (services de paiement, finance participative, etc.) ou du shadow banking. Avec à la clef des préconisations très attendues sur la réorientation des business models.

La seconde, comme l’an passé, consistera à analyser en détail la composition des portefeuilles bancaires et en particulier les risques de concentration sectorielle comme sur l’immobilier ou le naval, en difficulté. Ces études sont à coupler avec la prochaine entrée en vigueur des normes IFRS9 qui vont intensifier le provisionnement, particulièrement sensible au moment où le poids des créances douteuses grève les bilans bancaires. La pérennité de certaines activités pourrait entrer en jeu.

La troisième enfin reste consacrée aux pratiques de gestion des risques et notamment en termes de gestion des données (conformité à la directive BCBS239) ou de maintenance des modèles internes à travers la Target Review of Internal Models.
3 orientations qui demeurent donc conformes à l’esprit des orientations 2016. Cette stabilité, si elle ne permet sans doute pas aux banques de souffler, mais a minima de peut-être ne pas mobiliser de ressources supplémentaires, sonne comme une reconnaissance de la pertinence du modèle actuel. Un modèle extrêmement intrusif, critiquable, coûteux, mais qui commence à faire ses preuves.

Tel un bon vin bonifiant avec les années, la gouvernance exercée par la BCE semble parvenir à une certaine forme de maturité et le nouveau paradigme de la supervision est cette fois bien en place : la dimension répressive de l’actuelle réglementation, qui n’aura de cesse d’évoluer et de se renforcer, se complète désormais d’un véritable accompagnement sur le terrain par un superviseur mieux à même de concilier micro et macroéconomie. Alors comme on dit à Francfort en ce début d’année, bonne santé… financière !

Par Adrien Aubert, Senior Manager du cabinet VERTUO conseil

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Trim 2016 : les modèles bancaires à nouveau sous les projecteurs

Les Echos : 23 août 2016 :

Et c’est parti pour une nouvelle consultation de place ! Hasard des acronymes anglais, cette nouvelle campagne s’appelle Trim.

Comme une prémonition de la charge supplémentaire de travail pesant sur les équipes des institutions financières, cette Target Review of Internal Models doit permettre à la BCE de comprendre en détail les rouages techniques et organisationnels des modèles internes, ces fameux outils statistiques censés évaluer le profil de risque des contreparties et à l’origine de nombreuses critiques lors de l’explosion de la bulle de 2008.

Dans la foulée des Asset Quality Reviews de 2013-2014, un audit géant des portefeuilles des principaux établissements bancaires européens, la BCE poursuit son long chemin de montée en compétence sur son périmètre de supervision.