Risque de crédit : la gestion du Covid-19, un paramètre de plus.

Le Courrier Financier – le 23 juillet 2020 :

La crise sanitaire du coronavirus a ébranlé l’économie mondiale. Quel impact pour le risque de crédit ? Comment les banques doivent-elles adapter leur gestion ? Les explications de Coralie Nicollet, Project Manager pour le cabinet Square.

La crise du Covid-19 met le risque de crédit sous surveillance alors que toute la filière était déjà dans le collimateur du régulateur. En effet, le Covid-19 plonge de nombreux particuliers ou entreprises dans des situations de risque d’impayés que les organismes de crédit devront gérer.

L’augmentation du nombre d’impayés arrive à un moment délicat. Depuis 2008 et la crise des subprimes, les demandes prudentielles et réglementaires de la European Banking Authority (EBA) se sont renforcées autour de la gestion du risque de crédit, et un certain nombre d’entre elles arrivent à échéance entre 2020 et 2021.

Banquiers en manque de rentabilité : le début de la fin ?

Point Banque – n° de décembre 2019 :

« Banking is necessary, banks are not ». En 1994, Bill Gates prévenait de ce qui pourrait advenir d’un système bancaire considéré, à l’époque, comme tout puissant, vertueux et inévitable. A l’époque, cette vision occultait le fait que pour prospérer, une industrie cherche systématiquement à s’adapter, quand elle ne doit pas se réinventer. Et c’est exactement ce que le secteur bancaire a su faire depuis, en devenant l’une des industries les plus prospères du début du 21ème siècle.

Néanmoins, la crise de 2008 a marqué un coup d’arrêt dans cette ascension. Et depuis, la réflexion de Bill Gates retrouve tout son sens. Notamment aujourd’hui où le secteur bancaire semble particulièrement menacé comme le prouve l’étude publiée récemment par le cabinet McKinsey, qui explique « qu’en cas de retournement de conjoncture, une banque sur trois pourrait mettre la clé sous la porte ». Ce qui nous amène à une question essentielle : le business model actuel des banques est-il encore viable ? Quels sont les leviers leur permettant de s’adapter ? Peuvent-elles encore se réinventer comme elles ont su le faire par le passé ?

Si comme dans les années 1990 elles veulent subsister, elles devront montrer une fois encore leur capacité d’adaptation et trouver de nouvelles sources d’innovations, posture essentielle pour continuer à répondre aux besoins changeants de l’économie et de leurs clients.

Quelle gouvernance pour l’octroi de crédit ?

Les processus de modélisation des systèmes de décision à l’octroi ne sont pas parvenus à rompre avec les contraintes de gouvernance qui se répercutent inexorablement sur la qualité des modèles.

L’octroi de crédit en France en 2017 s’est établi à des taux de croissance inégalés depuis Septembre 2006 (+6.1% de l’encours des crédits à la consommation des ménages). Ce phénomène se confirme sur 2018, soutenu par des taux d’intérêt réels particulièrement bas et ce, malgré le maintien à un niveau élevé du volume de défaillance des entreprises.

Dans ce contexte, la maitrise du processus d’octroi de crédit, et en particulier des modèles de notation et des systèmes experts au cœur des processus d’octroi, apparaît d’autant plus déterminante qu’elle conditionne la maitrise de la charge de risque à terme, qu’ils permettent le pilotage du risque de crédit à l’origine de la relation et qu’ils constituent un vecteur d’amélioration de l’avantage concurrentiel des banques.