Financer la sobriété carbone : quels sont les enjeux de la stratégie de relance ?

Le Courrier Financier – le 29 avril 2020 :

En cette période de sortie de crise du Covid-19, les enjeux économiques semblent prendre toute la place. Reprise économique et transition énergétique sont-ils compatibles ? Comment la stratégie de relance peut-elle intégrer le financement de la sobriété carbone ? L’analyse de Guilhem Ventura, consultant senior chez Groupe Square.

Dans son discours du 13 avril, le Président de la République a posé les bases d’une stratégie et d’une planification autour de la sobriété carbone et de la résilience face aux crises à venir. Ces quelques mots probablement choisis à dessein suffisent à susciter l’attention sur le climat et à s’interroger sur les enjeux sous-jacents.

Dématérialisation des processus bancaires, quand transformation numérique rime avec transition énergétique

Economie matin – le 28 janvier 2020 :

Définitions
La dématérialisation est un processus complet qui est pensé dès le départ comme numérique et non papier. La vocation de la dématérialisation est donc de tendre vers le « zéro papier », impliquant des signatures électroniques, mais aussi un workflow de traitement informatisé. Une organisation qui met en place ce type de démarche s’oriente vers une dimension digitale.
La transition énergétique désigne l’ensemble des transformations du système de production, de distribution et de consommation d’énergie effectuées, dans le but de le rendre plus écologique. Elle vise à transformer un système énergétique pour diminuer son impact environnemental.
Vers une transformation numérique à « marche forcée » du secteur financier
Dans un contexte concurrentiel tendu avec l’arrivée sur le marché de nouveaux acteurs tels que les Fintechs, néobanques et GAFA1, les banques ont entamé depuis les années 2000 une profonde mutation afin de repenser leurs activités sous le prisme des nouvelles technologies. Ainsi, les parcours client 100% digitalisés avec ouverture de compte en moins de 10 minutes, les offres de services accessibles via smartphone ou les parcours de crédits immobiliers intégrant la signature électronique, sont désormais largement répandus dans le milieu. C’est toute la partie front office du process bancaire qui a évolué afin de répondre aux besoins d’un client de plus en plus, voire exclusivement, connecté dans ses habitudes de consommation.
Alors que la première phase de transformation avait pour principal objectif la satisfaction client et la volonté de se différencier sur un marché saturé et mature, la seconde fait essentiellement écho à une problématique d’efficacité opérationnelle.
En effet, ces dernières années ont vu s’accroitre la volonté du régulateur de surveiller le rôle des banques dans différents domaines dits sensibles tels que la lutte contre le terrorisme, le blanchiment d’argent ou la fraude et l’évasion fiscale. La démultiplication des contrôles et traitements réglementaires imposés, programmes FATCA2 et TRACFIN3 pour ne citer qu’eux, ont eu pour conséquence directe une importante hausse de l’activité en middle et back office. La crainte des sanctions financières couplée à une incapacité structurelle à intégrer cette charge supplémentaire, ont conduit les banques à repenser globalement leurs fonctionnements internes. De nombreux chantiers « EDI » (Echange de Données Informatisés4) se sont mis en place avec pour objectif d’absorber plus de demandes et de raccourcir les délais de réponse, transformant radicalement les processus métier existant. Effet immédiat : aux gains de productivité escomptés s’ajouta une diminution drastique du volume de papier consommé, utilisé jusqu’alors comme vecteur principal d’information à chaque étape du traitement bancaire.

Green Bonds : mieux comprendre le produit financier star de la transition énergétique

Finyear – le 07 janvier 2020 :

Lors de la COP21 de Paris en 2015, 195 pays se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 2°C au-dessus de la température préindustrielle (voire 1,5 °C si possible) d’ici 2050. Sous la contrainte des mises à jour des scénarios climatiques de plus en plus alarmants, la capacité de nos leaders politiques à tenir leur engagement est au cœur des débats et des attentes de la société civile.

Dans ce contexte, la France, s’affiche en exemple et s’est fixée pour objectif d’atteindre une consommation d’énergie renouvelable représentant 32% de sa consommation totale d’ici 2027. Pour rappel, ce même pourcentage s’élevait à 14% en 2016. Cet objectif à un coût : 20 milliards d’euros par an jusque 2030 (au minimum).

La France doit ainsi se donner les moyens de ces ambitions et réaliser les investissements nécessaires. Les appels aux fonds publics et privés se multiplient sollicitant les institutions publiques, les fonds privés et les épargnants Ainsi, il se crée dans notre société, un engouement et une émulation autour des investissements responsable et plus largement autours de la Finance Durable. C’est en effet un concept parfois complexe à comprendre pour l’épargnant puisqu’il regroupe bien plus que seulement du financement de transition énergétique.

Projet d’EPR au Royaume-Uni: Pourquoi le gouvernement pousse-t-il autant EDF ?

20 minutes – 30 mars 2016 :

Le gouvernement a annoncé que la décision finale d’EDF concernant la construction de deux EPR en Angleterre serait prise début mai…

EDF réunit ce mercredi son conseil d’administration et la rencontre s’annonce électrique. Les administrateurs doivent discuter investissements alors que l’entreprise est au plus mal : en 2015, son bénéfice net a été divisé par trois, son endettement a pulvérisé des records et elle s’est même fait éjecter du CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris.

2016 ne commence pas mieux : Thomas Piquemal, le directeur financier du groupe,a claqué la porte début mars. Pour une raison simple : la santé d’EDF est, selon lui, trop fragile pour qu’elle se lance dans le projet d’Hinkley Point, c’est-à-dire dans la construction de deux réacteurs EPR en Angleterre. Piquemal aurait à tout le moins souhaité que l’Etat, qui détient près de 85 % d’EDF, renforce son soutien financier alors que ce chantier est évalué à 18 milliards de livres (23 milliards d’euros).

« Ces EPR créeront des emplois en France »

Cet engagement lui paraissait d’autant plus légitime que l’exécutif pousse EDF à réaliser ce projet. Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, ne cesse de vanter « la qualité de cet investissement », tout comme le président François Hollande.

Pourquoi une telle ferveur ? « Le gouvernement pense déjà aux retombées de ce futur contrat en termes de prestige et de communication : il pourra se targuer de pérenniser la filière électronucléaire française en lui trouvant de nouveaux débouchés à l’export », répond Eric Bonnel, directeur associé du groupe de conseil en stratégie Square. « Même si ces EPR seront construits en Angleterre, ils créeront des emplois en France », renchérit François Lévêque, professeur d’économie à Mines ParisTech et auteur de Nucléaire On/Off – Analyse économique d’un pari (éditions Dunod).

Pour Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières à l’Université Paris Dauphine, « le projet britannique est celui qui est censé rétablir la crédibilité de l’EPR alors que ce type de réacteur a été mis à mal par les chantiers de Flamanville et de Finlande ».

Mais l’expert prévient : « L’État doit bien apprécier le risque qu’EDF se trouve déstabilisé par ce projet et garder à l’esprit que nous ne sommes plus au XXe siècle : les Etats européens disposent d’une capacité limitée à soutenir leurs champions nationaux face à des difficultés sérieuses. »

Pour l’instant, si le gouvernement a laissé entendre qu’il pourrait recapitaliser EDF, il a pris un seul engagement véritable, celui de percevoir ses dividendes 2015 sous forme d’actions plutôt qu’en cash. Ce qui est loin d’être suffisant d’après Eric Bonnel : « Il faut voir à quel point l’Etat pompe habituellement les dividendes d’EDF – même les fonds d’investissement n’en prélèveraient pas autant ! Le gouvernement met vraiment l’entreprise en péril, d’autant plus qu’il l’empêche d’augmenter ses tarifs réglementés ».

Et si le projet coulait EDF ?

Dans ces conditions, EDF devrait-elle renoncer au projet d’Hinkley Point ? « Si elle construit ces EPR en respectant le calendrier et le budget, l’investissement sera rentable puisque les Anglais se sont engagés à acheter l’électricité produite au même prix pendant 35 ans, et ceci même lorsque le prix sur la bourse de l’électricité serait deux ou trois fois inférieur », répond François Lévêque. Mais « si le chantier prend deux ou trois ans de retard, la rentabilité sera tuée », complète Eric Bonnel.

Le passé est pour l’instant peu éclairant : seuls trois projets d’EPR ont été menés dans le monde. « A Flamanville et en Finlande, les délais et les coûts ont été explosés, mais pas en Chine », résume Eric Bonnel, avant d’ajouter : « En Angleterre, EDF est censée installer 1.600 MWh en 72 mois. Le délai est court, mais souvenons-nous du réacteur de 1.200 MWh que l’entreprise était parvenue à construire en 48 mois seulement. Le problème, c’est que c’était en 1990 et qu’une génération de salariés est depuis partie à la retraite… EDF a perdu en compétences ».

Et les investisseurs doutent. EDF a réussi à convaincre un seul partenaire – le Chinois CGN – et elle se retrouve à devoir financer seule les deux tiers du projet. Les syndicats s’inquiètent : et si le projet d’Hinkley Point finissait par tuer EDF comme les EPR finlandais ont eu la peau d’Areva ?

Les experts plaident pour un statut quo d’au moins six mois, le temps de retravailler le financement et de laisser passer le référendum britannique sur le « Brexit », prévu le 23 juin. « Si le Royaume-Uni venait à sortir de l’UE et à dévaluer sa monnaie, le projet se transformerait en gouffre financier pour EDF », avertit Eric Bonnel.

Mais du temps, EDF n’en aura pas : le projet d’Hinkley Point est au menu du conseil d’administration de ce mercredi et le gouvernement assure que la décision finale sera prise début mai. « J’ai l’impression qu’il veut aller vite pour avoir une belle publicité à nous vendre avant la présidentielle », se désole Eric Bonnel.

— Céline Boff