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Le LIBRA peut profondément bouleverser le monde financier, commercial et politique

Economie Matin – le 28 septembre 2019 :

Le 18 juin 2019, Facebook a annoncé le lancement de sa monnaie virtuelle, appelée Libra, dont le déploiement est prévu pour 2020. Bien que les modalités précises ne soient pas totalement connues, nous en connaissons les grands contours.

Libra, la nouvelle monnaie virtuelle lancée par Facebook

La valeur du Libra sera basée à la fois sur un panier de devises stables telles que le dollar ou l’euro et sur une « réserve de Libra » gérée par la Libra Association qui est une « approche similaire à la façon dont ont été introduites d’autres monnaies par le passé » (communiqué de la Libra Association). La Libra Association, organisation à but non lucratif basée à Genève, aura pour rôle de gérer le Libra et ce de manière indépendante de Facebook.

À l’heure actuelle, une vingtaine d’entreprises sont déjà partenaires, dont Spotify, eBay, Booking, Visa, PayPal ou encore Calibra, la plus grande place boursière de bitcoins au monde. Ces entreprises sont membres de la Libra Association, au même titre que Calibra (entité crée par Facebook) et garantissent l’indépendance de l’association vis-à-vis de Facebook.

La crainte du Congrès américain, sur fond de risques systémiques et de mise en danger de la stabilité financière américaine et mondiale

Deux semaines après l’annonce de Facebook, le Congrès, dans une lettre ouverte parue le 2 juillet dernier, demande à « Facebook et ses partenaires de suspendre immédiatement son projet sur le Libra » le temps d’étudier les risques potentiels de cette monnaie pouvant « conduire à un tout nouveau système financier mondial basé en Suisse et faisant concurrence avec la politique monétaire américaine et au dollar » (communiqué du Congrès américain).

En effet, les nombreuses zones d’ombres actuelles qui entourent le Libra ne rassurent pas le Congrès américain préoccupé par les enjeux de « vie privée, de commerce, de sécurité nationale et de politique monétaire non seulement pour les plus de deux milliards d’utilisateurs de Facebook partout dans le monde, mais également pour les investisseurs, consommateurs et plus globalement pour l’ensemble de l’économie mondiale ». Ajoutés à cela, les risques en matière de blanchiment d’argent et de lutte contre le terrorisme que soulèvent le Libra.

De plus, l’affaire Cambridge Analytica ayant ébranlé les élections présidentielles américaines de 2016 ne joue pas en la faveur de Facebook dans un climat actuel de méfiance et de prudence vis-à-vis de la protection des données.

Enfin, le Libra pourrait remettre en cause l’extraterritorialité du droit américain. En effet, en 1977, les États-Unis votent le « Foreign Corrupt Practices Act » (FCPA) portant sur la corruption des agents étrangers qui vise à lutter contre la corruption d’entreprises et multinationales américaines endehors du territoire américain ; et par le biais notamment de l’OCDE en 1997, celle-ci s’applique à tous les pays membres de l’organisation (dont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Irlande). Dès lors, les États-Unis disposent d’une arme redoutable dans la lutte contre la corruption, car même une affaire ayant lieu en-dehors du territoire américain peut être condamnée, telles que l’’utilisation du dollar ou encore d’un service ayant un lien avec les États-Unis (i.e. utilisation d’une boîte Gmail pour des échanges, dont certains serveurs se trouvent sur le territoire américain) qui sont soumis à la juridiction américaine.

Ainsi, le Libra constituant une monnaie d’échange gérée de manière (supposément) indépendante de Facebook par la Libra Association basée à Genève, il devient donc potentiellement envisageable pour une entreprise étrangère de commercer librement avec un pays sans craindre d’éventuelles retombées des États-Unis.

Quelles opportunités pour les banques françaises ?

Sous réserve des éventuels changements apportés au Libra dans les jours et semaines à venir, les banques françaises peuvent avoir de belles opportunités commerciales, financières et de développement avec le Libra.

Tout d’abord, elles pourraient intégrer le Libra dans de nouvelles offres commerciales dans le but d’attirer de nouveaux clients plus enclins aux nouvelles technologies et recherchant de la rapidité, du confort et de la simplicité.

Aussi, le Libra en tant que monnaie virtuelle peut être un moyen de concurrencer des services de paiement en ligne occupant une part de marché de plus en plus importante. En effet, en intégrant la monnaie de Facebook, les banques permettront à leurs utilisateurs de procéder à des transactions entre eux de manière rapide, pratique et sans-délai.

Enfin, d’un point de vue plus global, et à condition que l’ensemble des acteurs mondiaux utilisent le Libra, celle-ci peut avoir un impact important sur les charges des entreprises avec fin des commissions interbancaires ou la fin des coûts de transactions en devises liées au taux de change (i.e. les compagnies aériennes françaises achetant leur kérosène dans une devise étrangère).

Les enjeux majeurs pour les banques sont donc à la fois de cibler les meilleures opportunités à venir et nouer les partenariats adéquats pour intégrer au mieux le Libra dans leur développement, dont le bouleversement peut être fort.

Par Christopher Ly, consultant Square

 

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Le fair-play financier au coeur du football français

Sport Stratégie : hebdomadaire du 30 septembre au 6 octobre 2019

Souvent moqué pour sa compétitivité, le championnat français peine à attirer des joueurs de classe mondiale dans un contexte où les flux de liquidités deviennent de plus en plus importants. Le fair-play financier a encore joué un rôle déterminant dans le cadre du recrutement réalisé par les clubs français.

10 ans plus tard…

Face à la dégradation de la situation financière des clubs de football européens, le fair-play financier a été mis en place par l’UEFA en septembre 2009. L’objectif de l’UEFA étant d’assainir le bilan des clubs en imposant aux clubs un équilibre entre leurs dépenses et leurs revenus.
Depuis 10 ans, la situation financière des clubs a évoluée et le fair-play financier s’appuie principalement sur le ratio « Dettes/Revenus » afin de juger les clubs et ainsi mettre en place des plans de redressement. Aujourd’hui, ce ratio s’élève, en moyenne, à hauteur de 35% contre 65% avant la mise en place du fair-play financier.
Toutefois, ce règlement a mis en difficulté de nombreux clubs au point que ces derniers soient sanctionnés par l’UEFA. On retrouve différents niveaux de sanctions en fonction de la situation du club. Les sanctions peuvent prendre la forme d’une amende, ce qui est le cas de Braga qui a écopé de 20 M€ d’amende en 2015 et du PSG qui a été sanctionné de 60 M€ d’amende en 2017, une interdiction de recrutement comme pour Chelsea qui est privé de recrutement cette année, la réduction du nombre de joueurs inscrit lors d’une compétition européenne comme le Sporting Portugal en 2017 et l’OM pour la saison 2020-2021. La sanction la plus préjudiciable pour un club reste l’exclusion des compétitions européennes comme cela fut le cas pour Malaga en 2013 pour une durée de 3 saisons, l’Etoile Rouge de Belgrade en 2014 et le Milan AC pour cette saison.

L’OM et le PSG dans le viseur du fair-play financier

Le football français, notamment l’OM et le PSG, est mis en difficulté par le fair-play financier. L’Olympique de Marseille connait des difficultés financières depuis de nombreuses années sans arriver à trouver de véritables solutions. L’UEFA et l’OM ont malgré tout réussi à trouver un accord mettant en avant un plan de redressement allant jusqu’en 2023 auquel vient s’ajouter une amende de 6 M€. Ce plan de redressement comprend plusieurs paliers notamment celui de ne plus être en déficit d’ici 2021. L’Olympique de Marseille devra réussir à remplir les exigences du fair-play financier tout en menant à bien son objectif qui est de jouer à nouveau un rôle majeur dans le championnat de France.
Un temps oublié par l’UEFA, le PSG est de nouveau ciblé par le fair-play financier suite aux acquisitions de Neymar et Mbappé en 2017 pour un montant total dépassant les 400 M€. La situation du PSG est scrutée par de nombreux clubs européens qui attendent des sanctions envers le club parisien suite aux pratiques réalisées par ce dernier. En cause, les différents contrats de sponsoring du PSG dont la valorisation est subjective et donc contestable. Le président de la ligue espagnole, Javier Tebas, ira même plus loin en dénonçant les contrats de sponsoring du PSG comme étant de faux contrats afin de dissimuler l’argent provenant de l’état Qatari.

Un été sous haute-surveillance

Le mercato clôturé au 1er Septembre à 23h59 reflète parfaitement la contrainte du fair-play financier pour ces deux clubs.
En effet, l’OM étranglé par sa masse salariale et contraint par le fair-play financier a été très discret sur le marché des transferts cet été en comptant uniquement trois arrivées. Pire, l’OM a failli être en incapacité de boucler le recrutement de sa dernière recrue, à savoir Valentin Rongier. En effet, durant les dernières heures du mercato, le néo-marseillais a été contraint de repartir à Nantes suite à un désaccord entre les deux clubs concernant un pourcentage de revente reversé au club nantais lors d’une future vente du joueur par l’Olympique de Marseille. Cet élément peut correspondre à un détail pour un club ayant une bonne santé financière mais il représente un véritable enjeu pour une équipe comme l’OM dans le viseur du fair-play financier. Le FC Nantes et l’OM trouveront finalement un accord dès le lendemain pour transférer le joueur en tant que joker.
Le Paris Saint-Germain a, quant à lui, été préoccupé durant tout l’été par l’avenir de Neymar. En effet, le joueur en provenance du FC Barcelone en 2017 pour un montant de 222 M€ souhaitait absolument repartir en catalogne. Toutefois, le poids du fair-play financier a rendu cette transaction impossible. En effet, de nombreux clubs tels que le Real Madrid, la Juventus et le FC Barcelone ont semblé être intéressés par le joueur. Toutefois, seul le FC Barcelone a formulé une offre concrète et a réussi à trouver un accord avec le PSG afin de ne pas payer l’intégralité du transfert en liquidité via une proposition comprenant 130 M€ accompagnés de l’acquisition de Rakitic et Todibo et du prêt de Dembélé.
En ce qui concerne les arrivées, le PSG n’a pas fait de folie cette année en dépensant moins de 100 M€ pour 9 joueurs. Le PSG a favorisé les prêts et l’acquisition de joueurs en fin de contrat. On notera l’arrivée de Mauro Icardi lors des dernières heures du mercato sous forme de prêt payant à hauteur de 5 M€ accompagné d’une option d’achat s’élevant à 65 M€. Ce montage financier permet au PSG de se renforcer tout en restant dans les clous du fair-play financier.

La mise en place du fair-play financier n’aura pas eu de réel impact sur le football français si ce n’est de limiter les investissements du PSG. Les revenus extra-sportifs tels que les droits télévisés en Premier League maintiennent le fossé entre le championnat français et les autres grands championnats européens.
Toutefois, le fair-play financier s’est avéré être un avantage inattendu pour le PSG qui a pu conserver Neymar cet été et permettre ainsi au football français de continuer à développer son attractivité dans une période où les flux de liquidités n’ont pas de limites.

Par Charles-Edouard Monfraix, consultant Square

 

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Le risque opérationnel, l’enjeu réglementaire phare pour les néo-banques

Journal du net – 26 septembre 2019 :

Depuis une dizaine d’années, avec l’essor de la digitalisation et notamment celle des services financiers, nous assistons à la naissance de nouveaux acteurs sur le marché bancaire français et européen : les néo-banques. Ces établissements, proposant des services financiers de type dépôts et moyens de paiement, ont, pour la plupart, reçu une licence bancaire dans l’Union Européenne. A l’instar des deux plus connues au niveau européen, N26 et Revolut, elles ne proposent que très marginalement des services de crédit, tout du moins sur le marché français, et n’effectuent pas d’opérations de marché, à l’inverse des banques traditionnelles.

Ainsi, dans le cadre de la réglementation bâloise, qui vise à couvrir, par un niveau minimum de fonds propres, les risques auxquels les banques sont exposées, et du fait de leurs activités spécifiques ces établissements ne sont pas, ou peu, soumis aux risques de crédit et de marché. Cependant, leur exposition au risque opérationnel pourrait représenter un enjeu majeur. Dans la réglementation bâloise, ce risque opérationnel se définit par un risque de perte liée à une défaillance des procédures, du personnel ou des systèmes internes. Concrètement, cela prend donc en compte les risques fraudes, de dysfonctionnement des systèmes et des processus ou encore de dommages corporels. Sur ces problématiques-là, les néo-banques sont bel et bien exposées, et peut-être plus encore que les banques traditionnelles. Sans un cadre adapté et des investissements correctement positionnés, ce qui fait la force des néo-banques aujourd’hui pourrait bien devenir une faiblesse.

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Directive DAC 6 : un reporting fiscal de plus pour les institutions financières

Economie matin – le 21 juin 2019 :

Prévue au plus tard le 31 décembre 2019, la transposition française de la directive 2018/822, dite « DAC 6 », du 25 mai 2018 marquera le début de nouvelles obligations déclaratives au sein de l’UE à des fins de lutte contre l’évasion et la fraude fiscale. Afin de fournir aux autorités fiscales les éléments nécessaires à l’identification des pratiques dommageables responsables de l’érosion de leurs revenus, la directive s’articule autour de deux leviers : l’introduction d’un mécanisme de déclaration des dispositifs transfrontières ainsi que l’échange automatique et obligatoire des informations collectées entre les autorités fiscales des pays membres, renforçant l’efficacité de la Norme Commune de Déclaration (Common Reporting Standard ou CRS).

Une volonté de créer un environnement fiscal équitable au sein de l’UE

Si la libre circulation des personnes et des capitaux dans l’UE sont deux des quatre libertés fondamentales sur lesquelles repose le marché unique, c’est également un terrain propice à la mise en œuvre de dispositifs de planification fiscale agressive, profitant notamment d’incohérences entre plusieurs systèmes fiscaux afin de réduire l’impôt à payer. Avec la mise en application prochaine de la directive DAC 6, les Etats membres voient une possibilité supplémentaire de protéger leur base d’imposition nationale (en France, le syndicat Solidaires-Finances publiques estime la fraude fiscale à 100 milliards d’euros par an).

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The road to a greener finance?

Agefi – Mai 2019 :

After twenty years of building a legislative framework to enhance the stability of the financial sector, regulators are not willing to let go of the pressure. Now that the European and national authorities have been granted the necessary powers to shape the financial landscape, regulators are looking beyond crisis prevention:the next regulation aims to fuel change for a greener society.

The Action Plan for Financing Sustainable Growth

In March 2018, the European Commission published the Action Plan for financing sustainable growth. It details future legislative work to steer the financial sector towards the COP 21 goals set by the Paris Accords in 2015. To meet these targets in greenhouse gas emission cuts, renewable energy and energy savings, the financing gap is estimated to 270 Bln per year, in addition to current investment level(1). The plan aims to reorientate investment flows towards these sustainable development needs, improve sustainability in risk management, and increase transparency and long-termism in corporate governance.

First, the commission will introduce a taxonomy, labels and standards to help investors identify financial products that support sustainable targets. The plan also includes a list of amendments to current regulations: Benchmark and Credit Rating Agency regulations, IDD and MiFID II. This will impact benchmark and index providers, financial advisory, Credit rating agencies, institutional investors and asset managers, who will have to take into consideration ESG factors in their methodology and decision processes. Finally, the action plan aims to foster long-term strategies in corporate governance, by improving non-financial information in corporate reporting and including environmental considerations in the prudential framework. It will also take a critical approach to new accounting standards whether these have a positive or negative impact on environment.

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L’économie, un sport de combat, d’endurance, ou collectif ?

Les Echos – 27 mars 2019 :

Lorsque l’économie fonctionne mal, on juge parfois nécessaire de « doper » certaines de ses composantes afin d’en améliorer l’efficacité. Coup à coup, les États boostent le pouvoir d’achat, optimisent les dépenses publiques et modulent leurs impôts, avec en ligne de mire la croissance.

D’aucuns diraient qu’il en va de même dans de nombreuses compétitions sportives où il est devenu difficile de gagner sans se doper. Or le sport et l’économie ont en partage un indicateur : la performance. Les méthodes pour l’atteindre sont-elles condamnées à générer des abus ? Le cas échéant, quels autres indicateurs plébisciter ?

Imposition

Pour agir sur l’économie, les États ont recours à différents mécanismes. La course aux meilleurs taux d’imposition par exemple, est aujourd’hui un élément fondamental pour attirer et favoriser les investissements dans un pays. Cependant, nous pouvons déjà en voir les effets néfastes, puisque la concurrence fiscale est à l’origine des nombreux scandales « d’optimisation » qui font parfaitement le jeu des entreprises technologiques telles que les GAFAM. Un simple jeu d’écriture permettant de transférer les bénéfices d’une société vers une autre située dans un État moins gourmand. C’est pourquoi l’idée d’un prélèvement uniforme fait son chemin en Europe, bien difficilement.

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Placement : chercher de très forts rendements peut être risqué

Le Revenu – 25 janvier 2019 :

Trading en ligne, monnaies virtuelles, placements atypiques : il est nécessaire d’être vigilant afin d’éviter les arnaques et les pertes conséquentes … 

Avec des taux de rendements inférieurs à l’inflation, les placements traditionnels, tels que le Livret A et le LDDS (Livret Développement Durable et Solidaire) à 0,75%, ne séduisent plus.

Les français se tournent vers d’autres types de placements plus attractifs qui ne reposent pas sur les instruments financiers. Une pratique qui se généralise et qui peut se traduire par la perte d’importantes sommes d’argent.

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Est-ce la fin de la prudence pour le secteur financier ?

Les Echos – 28 mars 2017 :

Depuis la première moitié du XXe siècle, les différents États de par le monde ont alternativement régulé ou dérégulé l’ensemble des institutions financières. Bien souvent, ces dynamiques faisaient respectivement suite à un choc de confiance majeur en ces institutions ou bien au contraire, à une trop forte confiance dans la capacité de ces dernières à s’autoréguler.

L’exemple le plus récent et le plus marquant de dynamique régulatrice reste la période d’inflation réglementaire ayant suivi la crise financière de 2008. Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs du secteur financier est toujours soumis à cet accroissement des contrôles et des normes leur étant applicables. Si cette dynamique tente de rendre un secteur essentiel au développement économique plus stable et plus sûr en l’enjoignant à la prudence, il n’est plus certain qu’il en sera de même à l’avenir. En effet, sous couvert de rendre plus accessible l’accès à l’emprunt, le Président Donald Trump a signé le 3 février dernier deux décrets ouvrant la voie à un retour sur certaines dispositions du Dodd-Frank Act. Pour rappel, cette loi adoptée aux États-Unis en 2010 vise à assurer la stabilité financière, à responsabiliser et rendre plus transparent le secteur financier le tout en protégeant et les contribuables américains rudement mis à contribution suite à la crise des subprimes et les consommateurs de services financiers.

Il est vrai que les institutions financières, pas seulement aux États-Unis, subissent une forte pression réglementaire depuis ces dernières années et que cette pression a un coût. Or, si elles assument bien le coût de la stabilité financière, elles paient surtout pour l’ensemble de leurs dérives d’avant crise. Depuis 2008, il s’agit plus pour les régulateurs de faire machine arrière suite au vaste mouvement de dérégulation entrepris dès les années 80 que de mettre un secteur aux abois.

Par exemple, le Glass-Steagall Act prévoyait dès les années 30 une véritable séparation des activités bancaires aux États-Unis alors que la règle Volcker, l’une des dispositions de la loi Dodd-Frank directement visée par le Président Donald Trump, se contente de limiter les capacités de spéculations. D’autant plus que cette pression réside bien souvent dans un manque d’anticipation de l’entrée en vigueur des nouvelles réglementations par les acteurs y étant soumis, bien plus que dans une incapacité à les mettre en oeuvre.

De plus, penser que revenir sur la loi Dodd-Frank aurait pour conséquences de rendre le secteur financier à la fois sûr et compétitif revient à imaginer que les mêmes causes auraient des conséquences différentes cette fois. La déréglementation de ce secteur, qui reviendrait à s’en remettre à l’autorégulation des acteurs concernés, est aujourd’hui à juste titre difficilement concevable. Le fait qu’un certain nombre d’opérateurs humains sont actifs dans ce secteur en est à lui seul un élément révélateur. Car ce n’est pas tant le système financier qui est à l’origine de failles que le comportement de ces opérateurs. En effet, ces derniers ont différentes approches des risques liés à leurs actions. Cette aversion plus ou moins prononcée au risque est propre à chaque individu et imaginer qu’il pourrait en être autrement est tout simplement utopique. De même, à cette appréciation du risque s’ajoute un certain nombre de conflits d’intérêts qui étaient directement ou indirectement encadrés par la loi Dodd-Frank. La réglementation en matière bancaire et financière, à défaut d’éviter toutes les dérives, a donc au moins le mérite de poser un cadre, de fixer des limites, à un ensemble d’agissements potentiellement préjudiciables aux intérêts de la société.

Enfin, une dérégulation financière aux États-Unis donnerait bien un avantage certain aux institutions installées sur le territoire américain. Mais pour combien de temps ? Il y a fort à parier que les autres places financières utiliseraient cet argument du regain concurrentiel des États-Unis en la matière pour obtenir un certain nombre d’assouplissements aux régulations leur étant applicables.

À titre d’exemple, il peut être cité la loi de séparation bancaire adoptée en France à l’été 2013. Si cette loi comptait initialement opérer une réelle séparation bancaire en France à l’image du Glass Steagall Act aux États-Unis, elle s’est finalement contentée de réaliser une distinction entre les activités pour compte propre et celles pour compte de tiers. En effet, une réelle séparation aurait eu pour conséquence de brider les capacités concurrentielles des banques françaises.

Une dérégulation initiée aux États-Unis pourrait donc mettre un coup d’arrêt à la régulation dans son ensemble. D’autant plus qu’en Europe, s’ajoute le récent Brexit qui, s’il n’est pas encore possible d’en prédire l’ensemble des conséquences, pourrait lui aussi emporter une diminution des exigences imposées aux institutions exerçant leurs activités au Royaume-Uni.

Les deux décrets signés par Donald Trump, s’ils étaient suivis d’effets, pourraient donc engager l’ensemble des places financières dans une nouvelle période de dérégulation. L’ensemble des normes prudentielles remises au goût du jour ces dernières années pourrait donc être concerné par cette tentative de dérégulation qui s’inscrit dans une course à la compétitivité. À n’en pas douter, cette période prendra fin à son tour dès que, par manque de prudence, un acteur du secteur financier aura mis la stabilité du secteur en péril et créé un nouveau choc de confiance.

Par Pierre-Yves Balanant consultant du cabinet ADWAY